Parfaite inconnue avant de décrocher un rôle dans Les gardiennes, Iris Bry est absolument stupéfiante de naturel dans la peau de Francine, une jeune femme digne et courageuse qui garde la tête haute.

Les gardiennes: tenir la ferme ***

CRITIQUE / L’originalité des Gardiennes ne vient pas du contexte dramatique, mais bien de l’angle qu’a choisi Xavier Beauvois. Il filme la Première Guerre mondiale sans la montrer, traçant du coup un portrait de ces femmes qui se sont retrouvées avec tout le poids des responsabilités une fois les hommes partis. Un drame classique, porté par trois magnifiques interprètes, mais qui peine à trouver le ton juste.

Après l’original et décalé La rançon de la gloire (2014), Beauvois a probablement voulu renouer avec le succès critique et public de Des hommes et des dieux (2010). D’où le classicisme de la réalisation épurée, qui mise sur ses très belles images et se fait économe sur les dialogues.

Ce faisant, le réalisateur français a oublié un élément essentiel : la clarté. Le spectateur aura beaucoup de difficulté à démêler, dans la première moitié, les liens qui unissent les Sandrail. 

Hortense (Nathalie Baye) tient la ferme de Normandie en l’absence de ses deux fils et de son gendre, partis au front, avec l’aide de sa fille Solange (Laura Smet). Mais le labeur s’avère extrêmement ardu. À l’approche des moissons, elles décident de faire appel à Francine (Iris Bry), une orpheline de 20 ans.

La rouquine, déterminée et énergique, s’avère rapidement indispensable. L’équilibre de cette petite société matriarcale sera toutefois perturbé par les permissions accordées aux hommes et l’arrivée de soldats américains dans le paysage.

Hortense va prendre des décisions pour protéger les intérêts et la réputation de sa famille — les apparences surtout. Le dilemme moral auquel elle fait face rehausse de beaucoup l’intérêt dramatique. Nathalie Baye est exceptionnelle, touchante et digne, mais son attitude appartient à un passé révolu.

C’est Francine, l’objet de sa désapprobation, qui incarne le modernisme. Iris Bry est absolument stupéfiante de naturel dans la peau de cette femme digne et courageuse qui garde la tête haute. Parfaite inconnue (elle était libraire avant le tournage), elle crève l’écran au point d’éclipser le duo mère-fille, à la ville comme à l’écran, formée par Baye et Smet. Son interprétation lui a d’ailleurs valu d’être nommée au César du meilleur espoir.

Magnifiquement filmé

Le récit de Beauvois est magnifiquement filmé par Caroline Champetier, dans une belle alternance de plans fixes et de mouvements de caméra patients. Cette lenteur va peut-être en exaspérer certains, d’autant que le cinéaste aurait pu resserrer son propos. En éliminant notamment la séquence de combats, fruit d’un cauchemar de soldat, véritable cliché qui s’insère mal dans un récit qui nous fait vivre les affrontements seulement avec le son, en hors champ. 

Mais sa façon de filmer l’époque, les gestes oubliés où on cultivait la terre presque à mains nues, plonge les spectateurs dans un passé pas si lointain. Les gardiennes ne pêche pas par nostalgie. Seulement par une certaine sécheresse émotive et un glissement vers le mélodrame affecté qui vient gâcher le naturel patiemment peint par Beauvois.

Quels portraits de femmes, quand même!

AU GÉNÉRIQUE

Cote : ***

Titre : Les gardiennes

Genre : drame

Réalisateur : Xavier Beauvois

Acteurs : Nathalie Baye, Laura Smet et Iris Bry

Classement : général

Durée : 2h14

On aime : la magnifique photographie, la présence forte d’Iris Bry, le portrait de femmes

On n’aime pas : un manque de dramaticité, des longueurs