Chaque personnage est extirpé de sa zone de confort dans Les derniers Jedi, dont la jeune Rey (Daisy Ridley). «J’ai dit, ‘‘Euh, je ne sais pas trop quoi penser de ça’’, a admis l'actrice. Nous avons tous eu besoin d’un moment pour dire, ‘‘OK, c’est là que l’histoire s’en va’’.»

Les derniers Jedi à la reconquête de la magie

LOS ANGELES — Han Solo est mort. Luke Skywalker est de retour, mais il a changé. Et l’histoire de Leia Organa tire à sa fin.

La guerre des étoiles qui fait rêver depuis 40 ans semble se dissiper, lentement mais sûrement, avec l’arrivée en salle le 15 décembre du prochain film, Les derniers Jedi, cédant la place à une nouvelle génération de rebelles intergalactiques et leurs adversaires, comme Rey et Kylo Ren, et à la nouvelle vision du scénariste-réalisateur Rian Johnson.

Le réveil de la Force, de J.J. Abrams, avait relancé la franchise, mais Les derniers Jedi doit faire avancer l’histoire pour accrocher le public, non seulement cette fois-ci, mais aussi en vue du prochain chapitre.

Après toutes ces années et tous ces milliards, Star Wars n’a plus rien à prouver, mais elle s’aventure maintenant en terrain inconnu. Les antépisodes ont fait mal, mais au moins on n’a pas eu à dire adieu aux héros originaux.

À part les principaux membres de la distribution, des cinéastes et de quelques patrons de Lucasfilm et de Disney, personne ne verra Les derniers Jedi avant la première mondiale à Los Angeles, le 9 décembre. Et essayer de prédire à quoi peut s’attendre le public est un peu comme essayer de solutionner un casse-tête sans image de référence et sans avoir la plupart des pièces. Les acteurs ont laissé tomber quelques miettes («intense», «émotionnel», «intime», «cinématographique»), mais le mystère demeure essentiellement entier.

«Pour moi, Les derniers Jedi n’est pas une histoire particulièrement joyeuse à raconter, mais c’est seulement ma part», annonce mystérieusement Mark Hamill.

L’homme de 66 ans reprend le rôle de Luke Skywalker après avoir être apparu seulement dans la séquence finale du Réveil de la Force, où on le voit sur une falaise balayée par le vent alors que la jeune Rey (Daisy Ridley) l’approche pour demander à être entraînée par «le Jedi disparu». Luke et Rey ne sont qu’un des nouveaux couples promis par le film, qui extirpe chaque personnage de sa zone de confort et lui présente de nouveaux défis au moment où la Résistance s’apprête à affronter le Premier Ordre.

Sombre et léger à la fois

«Il se passe tellement de choses, poursuit Mark Hamill. On peut passer des scènes plus sombres dans lesquelles je joue à de l’action ou de l’aventure, à du suspens, à de l’humour [...] Je ne l’ai vu qu’une seule fois, mais je me suis dit : ‘‘Il y a trop d’informations à assimiler’’.»

La campagne de marketing, apparemment inspirée par celle de L’Empire contre-attaque, se concentre sur la noirceur et l’intensité des «derniers Jedi», mais M. Johnson assure que ce n’est là qu’une facette du film. Il maintient qu’il s’agit, d’abord et avant tout, d’un film de la série Star Wars.

À ses yeux, cela veut dire capturer l’esprit de cette petite chose qui vous pousse à «sortir de la salle en courant pour aller dans votre cour arrière» vous amuser avec vos jouets spatiaux — même en l’absence de l’humour bougon du Han Solo d’Harrison Ford.

«C’est ce qui nous inquiétait tous en commençant: comment on y parvient sans lui?» demande le cinéaste de 43 ans. «J’y voyais un potentiel d’humour incroyable. J’examinais chaque personnage et je cherchais des occasions de briser la tension. Je pense que les gens seront surpris de voir à quel point ce film est léger et agile sur ses pieds.»

Acteurs pris de court

En plus de Luke et Rey, le film ramène Carrie Fisher dans le rôle de Leia pour une dernière apparition au cinéma (l’actrice est morte après la fin de la production), Adam Driver dans le rôle de Kylo Ren (qui a assassiné son père Han Solo), le mystérieux leader suprême Snoke (Andy Serkis), Domnhall Gleeson dans le rôle du général Hux, l’as-pilote Poe Dameron (Oscar Isaac), l’ancien stormtrooper Finn (John Boyega) et son ancienne patronne la capitaine Phasma (Gwendoline Christie), Chewbacca, les droïdes et plusieurs nouveaux venus comme la vice-amirale aux cheveux mauves Holdo (Laura Dern), la technicienne Rose (Kelly Marie Tran), un pirate informatique (Benito del Toro) et de jolies petites créatures appelées Porgs.

Le film ramène Carrie Fisher dans le rôle de Leia pour une dernière apparition au cinéma. L’actrice est morte après la fin de la production.

Son scénario, qu’il a écrit pendant que Le réveil de la Force était filmé, a tout d’abord pris de court certains membres de la distribution.

«J’ai dit, ‘‘Euh, je ne sais pas trop quoi penser de ça’’, a admis Daisy Ridley. Nous avons tous eu besoin d’un moment pour dire, ‘‘OK, c’est là que l’histoire s’en va’’.»

Johnson se compare au nouveau petit ami que tout le monde doit apprivoiser le soir du Thanksgiving américain.

«[Rian Johnson] a écopé d’un défi différent parce qu’on lui a demandé d’élargir l’univers de Star Wars avec de nouvelles idées, en prenant plus de risques, explique John Boyega. Il était un vrai fan. Je pense qu’avec ce film il règle une après l’autre toutes les théories qu’il avait en tant que fan.»

Cet engouement a aussi permis à Johnson — que M. Hamill décrit comme étant son Obi-Wan — d’atteindre une certaine zénitude face au film. D’autant plus que la présidente de Lucasfilm, Kathleen Kennedy, qui n’a jamais eu peur de donner des coups de barre en remplaçant ses directeurs quand quelque chose clochait, a été tellement heureuse de leur collaboration qu’elle a déjà retenu ses services pour développer une nouvelle trilogie différente de la trilogie Skywalker (il écrira et dirigera le premier film).

200 milions $ prédits

Ne reste plus maintenant qu’à présenter Les derniers Jedi au monde. Financièrement, les risques sont faibles: le film devrait engranger environ 200 millions $US dès les premiers jours (loin des 248 millions $US du Réveil de la force, mais quand même une performance impressionnante).

Ces prédictions pourraient toutefois être torpillées par les espoirs et les attentes de fans qui, avouons-le, ont été déçus dans le passé.

«Étant moi-même un fan depuis 40 ans, je comprends intimement à quel point ils sont passionnés et comment chacun a des choses qu’il aime et qu’il déteste dans chaque film. Ça soulage un peu la pression de penser, ‘‘OK, il va y avoir des choses que tout le monde va aimer, il va y avoir des choses que les gens n’aimeront pas et ça va être un mélange’’», dit Rian Johnson.

Il ajoute ensuite en souriant et en haussant les épaules : «C’est ça, être un fan de Star Wars.»