Le jeune acteur britannique Harris Dickinson est criant de vérité en ado de Brooklyn pris entre son désir de se conformer et ses désirs.

Les bums de plage: le blues de l'été ***1/2

CRITIQUE / «Je ne sais pas vraiment ce que j'aime.» L'aveu de Frankie, au tout début des Bums de plage (version française de Beach Rats), est lourd de sens. L'ado de Brooklyn ne sait pas s'il préfère les filles ou les hommes. Eliza Hittman va explorer avec une délicate touche, mais sans complaisance, les tourments de l'âge ingrat dans ce très bon film qui a remporté le prix de la meilleure réalisation dramatique à Sundance.
La réalisatrice (It Felt Like Love, 2014) dit avoir été inspirée par une photo d'un jeune homme torse nu qui illustrait la mince frontière entre hyper-masculinité et homoérotisme. Frankie (Harris Dickinson, magnifique) a un corps coupé au couteau, comme ses trois copains «bums de plage» qui arborent camisole et chaînes en or. Mais il aime aussi flirter en cachette sur un site de rencontres avec des hommes d'âge mûr...
L'ado est pris entre son désir de se conformer et ses désirs, qui le rendent honteux. Pour échapper à son blues de l'été où son père se meurt du cancer et où sa mère déprime (Kate Hodge), la gueule d'ange passe son mal-être dans les opioïdes paternels qu'il sniffe et la mari qu'il fume avec ses «amis». Jusqu'à sa rencontre avec Simone (Madeline Weinstein).
Frankie est trop content de son intérêt, qui lui permet de dissimuler aux yeux de tous son ambivalence sexuelle. Ce qui ne va pas sans mal au lit avec sa petite copine. Il faut signaler ici la retenue de la réalisatrice dans les scènes érotiques, évocatrices sans être explicites.
Native de Brooklyn, Eliza Hittman connaît bien les quartiers ouvriers du sud de Brooklyn et Coney Island, son parc d'attractions et ses plages où traînent Frankie et ses potes. Elle conserve néanmoins un ton intimiste et une approche réaliste, avec des moments à l'esthétique plus léchée les soirs de défonce. Mais elle suggère plutôt qu'elle montre.
Une approche renforcée par des dialogues minimalistes. Ce qui laisse beaucoup de place pour les gros plans du visage de Frankie. Harris Dickinson, le jeune acteur britannique, est criant de vérité. Aidé par les trois acteurs non professionnels qui interprètent les bums de plage.
La cinéaste étudie le rapport au corps, mais aussi les aspects de l'exploration du désir et ses multiples déclinaisons. Les bums de plage est d'ailleurs un film que n'aurait pas renié Xavier Dolan (Les amours imaginaires, 2010), mais qui, sur les plans thématique et esthétique, se rapproche beaucoup plus de Moonlight (2016) de Barry Jenkins (la question raciale en moins). Hélène Louvart (Pina, 2011) a d'ailleurs fait un magnifique travail à la photographie.
Le drame d'Hittman souffre un peu, toutefois, de l'aspect répétitif de certaines scènes, qui induisent une certaine monotonie. Un mal nécessaire qui illustre le désoeuvrement de Frankie et ses «amis», dont leur influence entraîne l'introverti dans des agissements irréfléchis qui vont bientôt le torturer.
Les bums de plage est un film sur une crise existentielle déclenchée par une question d'identité sexuelle. Mais il démontre surtout les difficultés encore omniprésentes pour ceux qui cadrent mal dans la norme sociale à être bien dans leur peau. Même si on est en 2017.
AU GÉNÉRIQUE
Cote: ***1/2
Titre: Les bums de plage
Genre: drame
Réalisatrice: Eliza Hittman
Acteurs: Harris Dickinson, Madeline Weinstein et Kate Hodge
Classement: 13 ans et plus
Durée: 1h35
On aime: le regard sans complaisance, la sensibilité, le minimalisme
On n'aime pas: un aspect répétitif