Le documentaire de Fernand Dansereau multiplie les témoignages de couples qui ont une sexualité épanouie: le quart des gens de plus de 70 ans font l'amour une fois par semaine.

L'érotisme et le vieil âge: souffler sur les braises ***

CRITIQUE / «À 78 ans, c'est meilleur que jamais.» Oui, il s'agit bien de sexe. Avec L'érotisme et le vieil âge, le vénéré Fernand Dansereau a décidé de s'attaquer à l'ultime tabou concernant les gens âgés. Avec beaucoup d'aplomb et sans a priori. De l'humour, aussi. Un Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la sexualité des vieux sans jamais oser le demander fort instructif, malgré certains raccourcis.
À 88 ans, Fernand Dansereau est une légende vivante de notre cinématographie, un pionnier qui y a exercé tous les métiers sur plus de six décennies. Autrement dit, il sait y faire. À preuve, son long métrage précédent, Le vieil âge et le rire, a obtenu le Prix du public au Rendez-vous du cinéma québécois en 2012.
L'érotisme et le vieil âge en est le prolongement logique. Le réalisateur a opté pour une forme très classique : tables rondes avec des vieux, témoignages en tête-à-tête, entrevues de spécialistes... Il y a même un vox pop, assez original, il faut dire. Dansereau a demandé à Louise Portal d'interviewer des jeunes. Qui ont beaucoup de difficulté à imaginer papi et mamie faire des trucs olé-olé.
Et pourtant : en vieillissant, l'appétit diminue, mais il est toujours présent : suffit de souffler sur les braises pour que le feu reprenne. La sensualité devient plus importante - la tendresse voluptueuse, pour reprendre la jolie formule d'une protagoniste. Et les choses se déroulent à un rythme moins trépidant. Le film est un éloge de la lenteur amoureuse.
Le documentaire multiplie les témoignages de couples qui ont une sexualité épanouie - le quart des gens de plus de 70 ans font l'amour une fois par semaine. Mais il ne se voile pas la face non plus - même si Dansereau aurait dû mettre un peu plus l'accent là-dessus plutôt que peindre un tableau un peu rose. Notamment chez ceux qui ont jeté l'éponge.
Il aborde néanmoins les difficultés liées à la solitude et à la rencontre d'un partenaire; au dérèglement du corps et à la maladie; à la perte d'intimité pour ceux qui vivent en résidence; et aux pressions sociales.
Eh oui! Dans une ère de performance, pour les hommes, et d'éternelle jeunesse, pour les femmes, la relation sexuelle peut vite devenir une véritable course, euh, marche à obstacles.
Éros... et Thanatos
Le film aborde aussi les frustrations de ceux dont la santé, et non pas la libido, devient un empêchement majeur. «On essaie de trouver d'autres façons de faire», comme dit un homme qui n'a plus assez de souffle pour le coït.
Il est beaucoup question d'Éros, mais aussi un peu de Thanathos dans ce film. Surtout quand Dansereau interroge son ami réalisateur Jean Beaudin (J.A. Martin, photographe, Cordélia). Dans une entrevue fort émotive, celui-ci évoque la grande sensualité qu'il apportait aux soins corporels de sa femme, Domini Blythe, dans les derniers mois avant sa mort.
C'est, de loin, le moment le plus touchant dans ce film qui évite le racolage. Fernand Dansereau livre un documentaire pédagogique, qui ne s'adresse pas qu'aux retraités. Avouez : on veut tous savoir ce qui nous pend au bout du nez. Sans nécessairement avoir le goût d'en discuter avec ses parents...
Au générique
Cote : ***
Titre : L'érotisme et le vieil âge
Genre : documentaire
Réalisateur : Fernand Dansereau
Classement : général
Durée : 1h25
On aime : la franchise, l'aspect pédagogique, l'absence de racolage
On n'aime pas : la forme un peu trop convenue, certains raccourcis