L'acteur Jay Baruchel s'est vu confier la réalisation de Goon : le dernier des durs à cuire, tourné en grande partie à Barrie, en Ontario, à l'été 2015.  

L'épopée sur glace de Jay Baruchel

Cinq ans après Goon, les aventures de Doug Glatt, un videur de bar du Massachusetts recruté par les Highlanders d'Halifax, se poursuivent dans Goon : le dernier des durs à cuire. Entre des scènes de hockey sanglantes et des conversations de vestiaire à l'humour cru, on suit le destin des personnages qui ont vieilli et qui sentent arriver la fin d'une époque.
Jay Baruchel, qui cosigne le scénario avec Jesse Chabot, s'est vu confier la réalisation du long-métrage, tourné en grande partie à Barrie, en Ontario, à l'été 2015. Le projet tient visiblement à coeur au Montréalais de 34 ans, qui s'est fait connaître comme acteur dans des films américains comme Grossesse surprise, La fille à un million de dollars et C'est la fin
Il y dirige entre autres l'Américain Seann William Scott (Folies de graduation) et le Québécois Marc-André Grondin* (C.R.A.Z.Y., Le premier jour du reste de ta vie). 
Déjà doublé en français, Goon : le dernier des durs à cuire sera distribué aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Il sera à l'affiche au Québec dès vendredi.
Q Comment s'est déroulée cette première expérience de l'autre côté de la caméra?
R C'est quelque chose que je voulais faire depuis que j'ai neuf ans. Quand j'ai commencé à être comédien, ma mère m'avait dit : «Être sur un plateau est la meilleure école de cinéma au monde.» J'ai un peu l'impression que ça fait 23 ans que j'étudie pour devenir réalisateur.
Q Quel était votre plus gros défi?
R Disons qu'il y avait beaucoup de scènes d'action. C'est un film épique qui se déroule sur neuf mois. Mais c'est ce que j'aime. Les films, les livres, les bandes dessinées que j'adore ont toujours des caractéristiques des grands opéras. J'aime les grands thèmes classiques, les récits d'aventures. J'ai grandi avec des films comme Coeur vaillant et c'est ce que je veux passer le reste de ma vie à créer. Quand on recrutait l'équipe, j'utilisais la formule «Trailer Park Boys meet Ben Hur»; la rencontre de quelque chose de grand et d'épique avec quelque chose de petit, punk rock et sale. C'est une recette que je ne vois pas beaucoup ailleurs.
Q Vous compariez le premier film Goon à une histoire d'amour et le second à une histoire d'engagement. Pourquoi?
R À mon avis, le premier film est un peu plus simple. Ce sont des garçons qui rencontrent des filles et qui sont amoureux du hockey. Dans celui-ci, ils sont passés à des relations sérieuses et il y a des zones grises. Ce n'est pas toujours évident. Doug [Seann William Scott] et Eva [Alison Pill] ont une confrontation à un moment du film, et ils ont tous les deux raison. Je trouve que cette scène est pleine de vérité.
Q Pourquoi le langage explicite est-il si présent dans les dialogues que vous avez écrits?
R Je veux que les personnages ressemblent à des gens qu'on connaît. Les Canadiens anglophones jurent plus que n'importe quels autres anglophones dans le monde. Il y a une étude publiée il y a quelques années qui prouve ça. Ce langage cru est celui avec lequel j'ai grandi et ça cadre bien avec une équipe de hockey. Ce côté authentique nous permet de connecter avec le public.
Q Avez-vous eu votre mot à dire sur la traduction française?
R J'aurais bien aimé, mais je n'étais pas qualifié. Mais ceux qui l'ont fait l'ont fait de manière réaliste, ça sonne comme du québécois. Je leur ai laissé mon carré de sable pour qu'ils s'amusent.
Q Qu'est-ce qui vous intéressait dans l'univers du hockey?
R Les joueurs sont des superhéros, ils ont des costumes brillants et colorés, ils mesurent 10 pieds, ils défendent l'honneur de la ville. Il y a aussi toutes les relations qui se développent dans l'équipe elle-même. Aujourd'hui, les gens ont trouvé une manière de ne pas toujours être en guerre avec leurs voisins, mais nous cultivons encore le sentiment d'appartenance à notre tribu et c'est pourquoi le hockey a une place si importante dans la vie de beaucoup de Canadiens. J'ai travaillé des années pour essayer de produire un moment de cinéma avec autant d'impact qu'une véritable partie de hockey du samedi soir au Centre Bell.
Q Vous aviez la volonté de placer les spectateurs près de la glace, dans l'action. Comment vous y êtes-vous pris?
R Nous avons tourné chacune des scènes de hockey de trois manières différentes. On commençait avec une caméra de type Hockey Night in Canada, en plongée. Puis nous mettions une caméra sur la glace, installée sur quatre rondelles, pour faire sentir la vitesse et voir la neige produite par les patins. Enfin, nous avons utilisé un nouveau type de caméra, très mobile, pour capter tous les mouvements des joueurs et les suivre derrière le filet et dans les coins.
Q Le film est-il une manière de rendre hommage aux «goons», un type de joueur qui a de moins en moins sa place dans les équipes professionnelles?
R Oui. Ces gars-là sont les derniers des cow-boys. Le monde du hockey entre dans une nouvelle ère. Cette année, il y a deux fois moins de bagarres dans la Ligue nationale de hockey que l'an dernier, alors on peut supposer que dans deux ans, il n'y en aura plus du tout. Doug est le symbole vivant d'une époque révolue. Sa race va s'éteindre comme celle des dinosaures. 
Q Vous avez traversé quelques fois devant la caméra pour incarner Pat, le meilleur ami de Doug, un personnage, disons-le, plutôt dégoûtant. Qu'amène-t-il au film selon vous?
R Je suis Montréalais et j'ai grandi en voyant des gars de Boston venir en ville pour se saouler, parce qu'ici l'âge légal pour boire est 18 ans et non 21. J'en ai vu des tonnes. Je crois qu'avec ce personnage, j'exorcise mes démons. C'est un peu une revanche sur tous les gars du Massachusetts que j'ai rencontrés dans ma vie.
Q Est-ce dans les plans de faire un troisième Goon?
R Il y a eu cinq ans entre le premier et le deuxième film, et nous n'avons pas montré ce qui s'est passé pendant ce temps. À la fin du deuxième film, Doug et Eva ont une belle petite fille. J'avoue que j'aimerais aussi voir ce qui arrive à cette fille à l'école secondaire, quand elle sera plus grande que tout le monde, qu'elle sera bonne pour se battre et qu'elle voudra jouer au hockey dans une équipe de gars. J'ai plein d'idées pour d'autres films.
*Note : L'acteur Marc-André Grondin n'a malheureusement pas pu donner d'entrevues à propos de la sortie du film Goon : le dernier des durs à cuire, où il reprend le rôle du hockeyeur Xavier Laflamme, à la suite du décès de son père, survenu plus tôt cette semaine. Denis Grondin a animé pendant de nombreuses années à la station de radio mont-réalaise CKOI.
Seann William Scott, un cogneur au grand coeur
Le personnage central de Goon est Doug Glatt, incarné par Seann William Scott. Dans le deuxième film de la série, le cogneur au grand coeur - qui s'excuse après chacun de ses coups de poing - est maintenant marié et attend un bébé. Forcé d'accrocher ses patins après un violent combat qui le met en miettes, il se retrouve à travailler dans un bureau d'assurances. 
Drôle de hasard, Scott a lui-même cumulé les petits boulots après Folies de graduation 1, le film qui a marqué ses débuts à Hollywood. Lorsque nous lui avons demandé s'il voyait des similarités entre le nouvel emploi de son personnage et son propre passage dans un bureau d'avocats, il s'est écrié : «Wow, je n'y avais jamais pensé. Mais maintenant que tu le mentionnes, c'était tout à fait pareil. Je ne faisais rien, j'étais simplement assis là et je voyais passer des documents, mais je n'avais aucune idée de ce que je faisais. J'avais complètement oublié ça», raconte-t-il.
Seann William Scott
L'acteur américain n'avait jamais joué au hockey avant de se retrouver en vedette dans Goon. «C'est une bonne chose que mon personnage soit supposé ne pas être doué pour patiner! Ce qu'on voit à l'écran, c'est vraiment le mieux que je puisse faire. Je pouvais seulement devenir meilleur pour le deuxième film.» Quant aux bagarres, «je suis assez athlétique - sauf pour le hockey - et j'ai beaucoup de plaisir à faire des scènes plus physiques. Le défi est ne pas blesser l'autre, de maîtriser la technique et de travailler pour que ça ait l'air le plus réaliste possible», indique l'acteur.
Le plateau de tournage a été le théâtre de nombreuses blagues entre comédiens. Scott assure n'avoir participé qu'à une seule d'entre elles : la préparation d'un sandwich horrible destiné au gardien de but pour l'une des scènes de vestiaire. «Dès qu'on laissait notre casque ou nos gants quelque part, il fallait toujours vérifier si quelqu'un avait laissé quelque chose dedans», raconte-t-il.
Depuis le premier Folies de graduation en 1999, Scott a presque exclusivement joué dans des comédies. «J'ai appris à aimer ça. Et il y a toujours un certain défi lorsqu'on essaie de faire rire les gens. Mais le prochain film que je vais tourner est un drame, produit par Keanu Reeves. Je joue un gars vraiment terrible, sombre et mauvais. Ça va être intéressant d'avoir enfin la chance de faire ça.»