La réalisatrice Catherine Martin a senti le besoin de revenir à une écriture cinématographique documentaire, d’où l’ idée de réunir une poignée de copains pour partager la passion de leur métier dans Certains de mes amis.

L'éloge de la lenteur par Catherine Martin

Le documentaire de Catherine Martin, Certains de mes amis, s’inscrit en porte-à-faux de notre époque axée sur la vitesse tous azimuts. Devant sa caméra, sept de ses copains et copines, tous artistes sauf une, témoignent de leur travail respectif. La cinéaste s’offre le luxe de prendre son temps pour immortaliser leurs gestes du quotidien afin d’«en redonner le caractère sacré».

La réalisatrice d’Une jeune fille (2013) et de Trois temps après la mort d’Anna (2010), deux longs-métrages de fiction, a senti le besoin de revenir à une écriture cinématographique documentaire, d’où cette idée de réunir cette poignée d’amis pour partager la passion de leur métier.

«J’aime bien alterner entre fiction et documentaire, explique-t-elle, même si ça demeure essentiellement du cinéma. C’est la manière de dire les choses qui est différente.»

Si ce ne sont pas tous les amis approchés qui ont accepté sa proposition, ceux qui ont sauté dans l’aventure l’ont fait avec passion et dévouement, que ce soit le peintre François Vincent, le photographe Gabor Szilasi ou le musicien Matthew Jennejohn. Catherine Martin ouvre la porte sur leur manière de concevoir leur talent et leur amour du travail. Ce qu’elle appelle «la présence au monde, à la vie».

Dernier du groupe à défiler à l’écran, Hugo Brochu l’a particulièrement touchée. Monteur sonore de quelques-uns de ses films, l’artiste multidisciplinaire a subi un grave accident vasculaire cérébral en 2009, qui l’a laissé aphasique et lui a fait perdre l’usage de sa main gauche. Courageusement, le quadragénaire s’est remis au dessin et, de la main droite, copie les poèmes de son père André Brochu. «J’admire sa résilience. Sa joie de vivre est communicative.»

Catherine Matin a été touchée par l’histoire d’Hugo Brochu, monteur sonore de quelques-uns de ses films. Il a subi un AVC qui l’a laissé aphasique et lui a fait perdre l’usage de sa main gauche. Courageusement, il s’est remis au dessin et, de la main droite, copie les poèmes de son père André Brochu.

Avec son rythme lent et ses longs plans fixes, le documentaire navigue «à contre-courant» d’un certain cinéma contemporain dopé aux stéroïdes. Son auteure estime que cette façon de filmer «répond à un besoin, il y a une soif pour ça». L’un de ses films, L’esprit des lieux, inspiré du même concept, lui avait valu à l’époque le compliment d’une jeune spectatrice, lors de sa projection à Berlin.

«Elle m’a remerciée pour lui avoir redonné le rythme naturel des choses. J’y crois beaucoup. Une fois qu’on plonge dans le film, qu’on prend le temps d’entrer dans l’image et qu’on se laisse porter, il y a des récompenses.»

L’importance de l’amitié
À l’heure où l’isolement s’incruste comme un mal de société, incitant même le gouvernement britannique à créer un ministère de la solitude, et que des relations sociales fortes sont de plus en plus vues comme un facteur non négligeable de longévité, Catherine Martin ne peut que souscrire à l’importance de l’amitié.

«C’est essentiel. J’ai connu beaucoup de situations que je n’aurais pu traverser sans l’aide de mes amis. J’ai des amitiés de longue date. Et ce n’est pas parce qu’on ne se voit pas ou qu’on ne se parle pas tous les jours qu’on n’est plus amis. Il arrive qu’on se brouille, mais il y a des amitiés qui résistent à l’épreuve du temps. Il faut savoir les entretenir.»

«L’amitié, c’est aussi important que l’amour. C’est une autre forme d’amour», conclut-elle.

La réalisatrice sera présente à Québec, le 8 février, pour la projection de son film au cinéma Cartier. Une discussion avec l’auditoire suivra.