Le documentaire Le vénérable W. décrit le portrait d’Ashin Wirathu, moine à l’origine de la persécution de la minorité rohingya en Birmanie.

Le vénérable W. ou le visage du mal ***1/2

CRITIQUE / Le vénérable W. s’ouvre sur une citation de Lord Byron — «Maintenant, la haine est de loin le plus long plaisir; les gens aiment à la hâte, mais ils détestent à loisir» —, qui prévient tout de suite le spectateur que son titre est un leurre. Le fascinant documentaire de Barbet Schroeder expose en effet le mal incarné sous le placide visage d’un moine bouddhiste.

Le film risque d’être un choc pour tous ceux qui croient en cette image d’Épinal des gentils bouddhistes pacifiques et bienveillants. Méthodiquement, le vétéran réalisateur (Le mystère von Bülow) trace le portrait d’Ashin Wirathu. Et il démontre comment ce moine est à l’origine de la persécution dont est victime la minorité musulmane rohingya en Birmanie. Un ostracisme qui remonte à loin, que Wirathu a entretenu et qui s’apparente à un nettoyage ethnique qui donne mal au cœur et froid dans le dos.

Le vénérable W. vient clore une trilogie sur le mal, entamée par le réalisateur avec Général Idi Amin Dada: autoportrait (1974) et poursuivie par L’avocat de la terreur (2007), film sur Jacques Vergès, qui a consacré sa vie à défendre des criminels de guerre.

Le cinéaste suisse utilise le même procédé que les deux autres films en interviewant le leader du mouvement nationaliste 969 et du parti haineux Ma Ba Tha. Il laisse ainsi tout le loisir à l’islamophobe de tisser la corde avec laquelle il se pend sous nos yeux.

Celui qu’un journaliste a déjà traité d’Hitler de Birmanie ne se départit jamais de son sourire, même quand il débite sa perfide rhétorique. Trop heureux de la tribune que lui offre Schroeder pour propager son message. Ce qu’il faisait d’ailleurs abondamment sur les réseaux sociaux jusqu’à tout récemment, grâce à une équipe de moines bouddhistes acquis à sa cause. Ils sont d’ailleurs très nombreux à l’applaudir et à inciter les gens à commettre l’irréparable.

De nombreuses images d’archives, qui remontent au début des années 90, sont des preuves irréfutables de la participation de ses congénères aux violences raciales commises envers les musulmans.

Schroeder ne juge pas, mais il ne va pas jusqu’aux extrêmes de Joshua Oppenheimer dans le terrifiant et formidable The Act of Killing (2012), en Indonésie. Il oppose aux entrevues de Wirathu le point de vue d’experts, de journalistes et d’objecteurs de conscience. Ce qui confère au Vénérable W. un aspect didactique, utile, tout en diminuant l’impact.

Les discours, et les images, parlent d’eux-mêmes. Il y a, d’ailleurs, quelques séquences, très peu, mais quand même, de bûchers qui sont insoutenables. Elles rappellent, bien sûr, les victimes de la Shoah. L’éradication n’est pas aussi organisée que celle des nazis. Mais sa source est la même: celle d’un racisme sauvage et brutal, drapé dans les habits du nationalisme et du fascisme.

Le réalisateur a voulu faire appel à l’intelligence du spectateur en le laissant tirer ses propres conclusions sur ce génocide. Le vénérable W. est une démonstration implacable qui permet de comprendre que le passé se perpétue. Déjà dans les années 90, on martyrisait les Rohingyas et on brûlait leurs villages. Dans l’indifférence.

On devrait dire merci à Barbet Schroeder de tenter de secouer notre apathie…

AU GÉNÉRIQUE

Cote: ***1/2

Titre: Le vénérable W.

Genre: documentaire

Réalisateur: Barbet Schroeder

Classement: général

Durée: 1h40

On aime: le sujet. L’efficacité du procédé. La dénonciation implicite

On n’aime pas: certaines entrevues superflues

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COMPTE FACEBOOK FERMÉ POUR CAUSE DE DISCOURS HAINEUX

RANGOUN — Alors que le documentaire Le vénérable W. de Barbet Schroder vient de prendre l’affiche chez nous, Facebook a fermé récemment le compte du moine Ashin Wirathu, vu comme l’un des artisans de la montée de l’islamophobie contre la minorité rohingya en Birmanie. Un porte-parole de Facebook, premier réseau social en Birmanie, a expliqué que le compte de Wirathu avait été supprimé, car les «normes communautaires interdisent les organisations et les personnes qui promeuvent la haine et la violence. Propagée par ses moines, la fièvre nationaliste bouddhiste ronge la Birmanie. Et elle est l’une des causes des violences qui ont éclaté dans l’ouest du pays ces derniers mois, poussant à l’exode plus de 700 000 musulmans rohingyas. Hyperactif sur les réseaux depuis plusieurs années, Wirathu, moine le plus connu de la mouvance extrémiste Ma Ba Tha, aujourd’hui interdite, a passé plusieurs années en prison à l’époque de la junte pour ses appels à la haine. Il a été amnistié après la dissolution de la junte en 2011. Alors que les moines — qui sont quelque 500 000 dans un pays de 51 millions d’habitants — n’ont pas le droit de vote en Birmanie, Wirathu et ses partisans apparaissent comme une force politique en coulisses. En mai, Facebook avait banni des dizaines d’internautes qui avaient utilisé le mot «kalar», terme que les nationalistes bouddhistes extrémistes l’emploient pour désigner la minorité musulmane dans leur discours haineux.  AFP