Agréable moment de cinéma, Le sens de la fête vaut le détour pour la redoutable prestation de Jean-Pierre Bacri en organisateur de mariage.

Le sens de la fête: l'art de la comédie ***

CRITIQUE / Il faut reconnaître à Olivier Nakache et à Éric Toledano un certain talent pour l’art de la comédie et du punch, sans vulgarité ni lourdeur. Le sens de la fête s’avère un agréable moment de cinéma quand on ne veut pas se casser la tête. Mais pour le signifiant, on repassera. Et il faut surtout voir ce film choral pour la redoutable prestation de Jean-Pierre Bacri.

Le duo a écrit ce sixième long métrage à quatre mains pour l’acteur à la gueule impayable et ça paraît. Bacri joue le rôle de Max, petit propriétaire d’une boîte de traiteur qui doit organiser le mariage d’un couple BCBG dans un château du XVIIe siècle. Ce chef d’orchestre joue une partition de haute volée, où ses employés ont bien de la difficulté à ajuster leurs violons.

En plus de gérer demandes et problèmes, l’homme doit aussi composer avec son mariage qui coule et sa maîtresse qui en a marre de rester à quai (Suzanne Clément). Et s’assurer, bien sûr, que les mariés et leurs invités passent une belle soirée… Parenthèse : Suzanne Clément a ici un rôle très secondaire qui ne la met pas beaucoup en évidence.

Ce qui est dommage vu que les réalisateurs peuvent compter sur une situation idéale pour proposer toute une galerie de personnages tous plus farfelus les uns que les autres. À commencer par le marié pointilleux et égocentrique, interprété avec brio par Benjamin Lavernhe (Le goût des merveilles, 2015). Il y a aussi Adèle (Eye Haïdara), la caractérielle assistante de Max; Guy (Jean-Paul Rouve), le blasé photographe pique-assiette, et James, un chanteur de charme savoureusement interprété par Gilles Lellouche. Sans parler des serveurs…

Nakache et Toledano ont réussi à proposer un récit alerte et vivant, grâce à une caméra portée, qui ne compte que très peu de temps mort. Il faut dire qu’ils n’ont qu’à se rabattre sur Bacri, parfait dans ce rôle qui lui permet de bougonner, s’exaspérer, d’être jaloux et désabusé avec sa dégaine typique. Surtout quand tout part en vrille…

Le duo aurait pu profiter de la situation pour mieux explorer les rapports de classe entre ces riches bourgeois et ceux qui se tapent le dur labeur pour qu’ils puissent s’amuser. Mais, bon, après le monstrueux succès d’Intouchables (2011), les cinéastes ont versé dans la comédie sociale avec un succès mitigé pour Samba (2014). Aussi bien se contenter de faire rire les gens…

Ça, ils y arrivent plutôt bien, même s’ils s’égarent parfois en chemin. Il y a, par exemple, un poétique numéro de ballet aérien du marié, grâce à un ballon à l’hélium, qui est non seulement trop long, mais dont l’effet est gâché par une pirouette scénaristique aussi ridicule qu’inutile.

En fait, Le sens de la fête tire un peu trop sur l’élastique de la crédibilité, surtout vers la fin, ce qui fait décrocher le spectateur, qui doit aussi passer par dessus quelques longueurs. L’intrigue entre le beau-frère de Max, un dépressif qui travaille sans conviction comme serveur, et la mariée vire presque au vaudeville sans rien apporter au récit.

Outre les performances des acteurs, qui s’amusent comme des petits fous, une bonne note pour la trame sonore jazzée, qui rythme bien l’atmosphère du film. Qu’on aurait souhaité, toutefois, beaucoup plus échevelé. Tout ça est un peu trop lisse et consensuel pour ma part.  

AU GÉNÉRIQUE

  • Cote: ***
  • Titre: Le sens de la fête
  • Genre: comédie
  • Réalisateurs: Olivier Nakache et Éric Toledano
  • Acteurs: Jean-Pierre Bacri, Eye Haidara, Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche
  • Classement: général
  • Durée: 1h57
  • On aime: le rythme soutenu. Le jeu des acteurs
  • On n’aime pas: un scénario superficiel