Jonny Lee Miller et Ewan McGregor dans F2 Ferrovipathes

Le retour des Ferrovipathes

Vingt ans après la sortie du film Ferrovipathes, qui a marqué toute une génération, Mark Renton et sa bande sont de retour. Tour d'horizon des personnages, des acteurs et de l'impact socioculturel de cette oeuvre-culte.  
Ewan McGregor dans le premier <i>Ferrovipathes</i>, en 1996
Il y a eu L'herbe bleue (Go Ask Alice, 1971). Puis Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée (1978). Mais les deux livres, adaptés au cinéma, n'ont pas eu le quart de l'énorme retentissement de Ferrovipathes (Trainspotting, 1993) d'Irvine Welsh et de sa version filmée par Danny Boyle (Ferrovipathes, 1996) sur toute une génération. À l'occasion de la sortie de la suite, 20 ans plus tard, voici la petite histoire du gigantesque impact socioculturel d'une oeuvre-culte.
La fable morale incendiaire de Welsh s'inscrit dans un contexte particulier, celui de la fin des années 1980, dans une Écosse durement frappée par les politiques néolibérales de l'ère Thatcher. Mais son message No Future, quinze ans après celui des Sex Pistols, est intemporel. Celui d'une vie soumise aux diktats de la consommation de masse et d'une révolte contre le système.
Le film de Boyle s'ouvre d'ailleurs sur Mark Renton (Ewan McGregor) qui égrène une liste des choses auxquelles doivent aspirer les jeunes :  un emploi, une carrière, une famille, une grosse télévision, une machine à laver, une auto, une hypothèque... Choisir la vie. Pourquoi faire, se demande le jeune désoeuvré qui opte plutôt pour... l'héroïne! Tout comme ses amis.
Le message nihiliste fait résonner une corde sensible, mais c'est le contexte qui est séduisant, surtout dans la version filmée. La langue des personnages, très crue; leur style vestimentaire débraillé mais cool et leur attitude rebelle facilitent l'identification. Surtout avec le style visuel débridé de la réalisation et la trame sonore pour enrober le tout.
L'esthétique un peu tape-à-l'oeil de Boyle contient néanmoins plusieurs séquences qui marquent les esprits. Surtout lorsqu'elles sont propulsées par des classiques protopunk d'Iggy Pop (Lust for Life), de Lou Reed et de New Order, mais aussi les poids lourds de la Britpop de l'époque : Pulp, Blur, Elastica, etc.
Il n'en faut pas plus pour que les affiches de la comédie noire se retrouvent dans toutes les chambres d'étudiants occidentaux, propulsées par un immense succès au box-office : 72 millions $US au niveau mondial (mais seulement 16,4 millions $ aux États-Unis). Pas mal pour un petit film d'auteur provocateur qui obtient d'ailleurs, en 1999, le 10e rang des meilleurs longs métrages britanniques du XXe siècle décerné par le British Film Institute.
Le film prend l'affiche le 31 mars.
Spud, Rent Boy, Sick Boy et Franco<strong> </strong>dans<strong> </strong><em>F2</em> <i>Ferrovipathes</i>
Signe de l'effet persistant de sa pertinence, la reprise de Trainspotting au théâtre a marqué les esprits, ici comme ailleurs. Au Québec, d'abord adaptée par Wajdi Mouawad, en 1998, Marie-Hélène Gendreau en propose ensuite une nouvelle mouture très remarquée à Premier Acte, en 2013, qui fut reprise en 2015 à La Bordée et au Théâtre Prospero, à Montréal, en 2016.
Dès qu'elle vient au monde, une oeuvre n'appartient plus à son créateur. À la publication de Trainspotting, plusieurs ont reproché à Irvine Welsh de donner un aspect glamour à la consommation de drogues dures. Or, l'auteur témoignait plutôt d'une réalité sordide. Il n'y a rien d'attrayant dans le désespoir de toute une génération qui cherche à échapper à une vie sans trop d'avenir.
Avec la distance, il semble bien que Ferrovipathes ait pu faire oeuvre utile. Il s'est avéré un outil plus puissant de la lutte contre la consommation de drogue en Angleterre que les avertissements des experts en santé, a témoigné Sir Kenneth Calman, il y a trois ans. Les statistiques de consommation à la baisse avancées par le docteur, qui a été médecin-chef en Angleterre et en Écosse, semblent lui donner raison... «Les histoires sont contagieuses, les histoires peuvent changer des choses», a-t-il dit.
Le nouveau film de Danny Boyle, signé John Hodge comme la première fois, permet d'ailleurs de voir ce que sont devenus les personnages, 20 ans plus tard. On peut penser que la plupart de ceux qui ont lu le livre ou vu le long métrage, à l'époque, ont changé depuis, qu'ils sont passés à autre chose, ont perdu quelques illusions et renforcé quelques certitudes. 
Sauf que F2 Ferrovipathes promet aussi un retour dans le passé, tant sur plan esthétique que nostalgique. Depuis sa présentation au 67e Festival de Berlin, début février, il suscite un intérêt immense. Qui, ironiquement, indiffère plutôt Irvine Welsh.
«J'apprécie le fait que le roman parle encore aux lecteurs, mais il n'a pas une profonde résonnance pour moi. Pour moi, c'est juste une oeuvre parmi d'autres.»
Sources: The TelegraphThe Independant, Dazed
En coulisses
Ewan McGregor, un papa engagé
Le réalisateur Danny Boyle et l'acteur Ewan McGregor
 
L'acteur écossais Ewan McGregor a connu le succès grâce à son rôle du junkie Mark Renton dans le premier Ferrovipathes, sorti en 1996. Il a ensuite enchaîné les films à succès (voir En chiffres). Il ne mène pourtant pas une vie glamour, selon ses dires. «Je ne vis pas du tout dans une bulle, confiait-il en décembre à Paris Match. J'accompagne mes filles à l'école tous les matins. Je mène une existence tout ce qu'il y a de plus normale avec ma famille.» McGregor est marié depuis 1995 à la chef décoratrice française Eve Mavrakis. Le couple a quatre filles, aujourd'hui âgées entre 6 et 21 ans. La plus grande, Clara, est mannequin. Depuis 2004, McGregor s'implique auprès de l'Unicef et il croit dur comme fer à cette cause. «En Irak, j'ai pu voir à quel point l'action des ONG est vitale pour les réfugiés. Ces gens seraient morts dans le désert sans elles. Quand je pense à tous ceux qui critiquent les stars soutenant des oeuvres caritatives, je me dis : "Allez vous faire foutre!", car ce que l'Unicef fait en Irak est fondamental. Point.» Ça ne pourrait être plus clair!  Daphné Bédard
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Pas touche aux drogues
Pour se plonger dans l'état de son personnage pour le premier film, Ewan McGregor avoue avoir pensé prendre de l'héroïne. «Je me disais : comment est-ce que je peux personnifier un héroïnomane sans avoir essayé ça? J'étais jeune et je me disais, au diable, je vais juste essayer. [...] Mais dès qu'on a commencé à travailler sur le film, on est allés rencontrer des dépendants à l'héroïne à Glasgow. [...] Dès que j'ai vu la réalité, j'ai trouvé que ça aurait été irrespectueux envers eux de prendre de l'héroïne.» McGregor s'est contenté de perdre beaucoup de poids et de se raser les cheveux. L'acteur a toutefois reconnu avoir eu des problèmes d'alcool. En 2007, il déclarait avoir abandonné la bouteille après avoir été, selon ses paroles, «un alcoolique fonctionnel». Avant Ferrovipathes, le réalisateur Danny Boyle et McGregor avaient collaboré ensemble en 1994 sur le film Petits meurtres entre amis. Ils étaient soudés. Mais un jeune acteur est venu mettre la bisbille entre eux. Son nom : Leonardo DiCaprio que Boyle a préféré à McGregor pour être la vedette du film La plage en 2000. Les deux amis se sont seulement réconciliés en 2009 pour travailler sur la suite de Ferrovipathes. Boyle a cru bon s'excuser auprès de McGregor, alors que ce dernier a admis qu'il avait agi comme un «jeune arrogant». Daphné Bédard
Sources : Paris Match, Wikipédia, TelegraphThe Hollywood ReporterRolling StoneVanity FairNew York Times
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En chiffres : 62
C'est le nombre de films dans lesquels est apparu Ewan McGregor depuis ses débuts de carrière en 1993. Ses longs métrages les plus connus sont certainement- outre Ferrovipathes - la comédie musicale Moulin Rouge! de Baz Luhrmann avec Nicole Kidman, pour lequel il a reçu une nomination aux Golden Globes, et les trois épisodes de Star Wars où il incarne le Jedi Obi-Wan Kenobi. En 2016, il réalisait son premier long métrage, American Pastoral, une adpatation du livre de Philip Roth avec Jennifer Connelly et Dakota Fanning, qui a reçu des critiques mitigées.  Daphné Bédard
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Qui a dit?
«Attends, on ne voit pas ton pénis? Ils ont brouillé l'image?»
- Le réalisateur des deux Ferrovipathes, Danny Boyle, s'étonnant de l'affirmation d'Ewan McGregor voulant que la scène où on voit ses attributs ait été modifiée dans la version américaine.
Dans le rétroviseur
En 1996, alors que le film Ferrovipathes obtenait énormément de succès, l'interprète du personnage de Sick Boy, Jonny Lee Miller, vivait une histoire d'amour avec nulle autre qu'Angelina Jolie, sa partenaire dans le film Pirates (photo). Leur relation a toutefois été de courte durée. Mariés en mars 1996, ils ont divorcé en février 1999. À leur mariage, l'actrice était vêtue de pantalons de cuir noir et d'une chemise blanche sur laquelle elle avait écrit le nom de son mari avec son sang. «C'est votre mari. Vous êtes sur le point de l'épouser. Vous pouvez vous sacrifier un peu pour rendre ce moment vraiment spécial», avait-elle expliqué au New York Times à l'époque. À propos de son divorce, son premier de trois puisqu'elle a par la suite divorcé de Billy Bob Thornton et de Brad Pitt, Jolie a dit : «C'est une question de timing. Je pense que c'est le meilleur mari qu'une fille puisse demander. Je l'aimerai toujours, nous étions tout simplement trop jeunes.» Miller et Jolie sont encore aujourd'hui de bons amis. Daphné Bédard