Eva Torres (Salma Hayek) fait tout pour coiffer au fil d'arrivée Anton (Alexander Skarsgård) et Vinny (Jesse Eisenberg), ses anciens employés.

Le projet Hummingbird: À toute vitesse ***

CRITIQUE / Edward Lorenz est devenu célèbre en 1972 en se demandant si un battement d’ailes de papillon au Brésil pouvait provoquer une tornade au Texas. Presque 50 ans plus tard, nous sommes ailleurs : est-ce qu’un battement d’ailes de colibri (hummingbird) peut provoquer une crise économique mondiale?

Avec cette prémisse extrêmement prometteuse, Kim Nguyen aurait pu livrer un film éclairant sur notre dépendance à la technologie, l’obsession de la richesse et le pari du risque (avec son corollaire, la réussite ou l’échec). Mais ses immenses efforts pour reléguer la réflexion à l’arrière-plan afin de divertir le spectateur font que le réalisateur québécois a ménagé la chèvre et le chou.

Il faut dire que Nguyen ne se l’est pas donné facile avec la trame narrative du Projet Hummingbird. Il a centré son récit sur Vinny (Jesse Eisenberg) et son cousin Anton (Alexander Skarsgård). Le premier est un surexcité arrogant (ce qui cache son manque d’assurance) et le deuxième, un intellectuel introverti — la classique opposition du duo de choc.

La paire veut enfouir un câble de fibre optique du Kansas au New Jersey afin de battre le marché boursier et ainsi empocher des millions. Le but : retrancher une milliseconde sur le temps de transmission (le battement d’ailes du colibri).

Un «projet de fou» qui se veut aussi une allégorie de la folie boursière dont les transactions n’ont plus grand-chose à voir avec la valeur des entreprises qui produisent des biens, mais tout à voir avec la spéculation.

La quête obsessive des cousins perd toutefois en crédibilité lorsque les difficultés s’accumulent. Au point de sacrifier sa santé pour l’un et sa famille pour l’autre.

D’autant qu’ils doivent composer avec les manœuvres tortueuses d’Eva Torres (Salma Hayek), qui tente par tous les moyens de les coiffer au fil d’arrivée. Malheureusement, leur ambitieuse ancienne patronne verse dans la caricature.

En fait, Nguyen a de la difficulté à moduler le ton de cette comédie dramatique hybride, à tous les plans. Même ses personnages principaux, défendus avec beaucoup d’énergie par les deux acteurs, sont parfois un peu trop décalés, ce qui provoque des décrochages (et des difficultés d’identification).

Le réalisateur de Rebelle (2012) est coutumier de l’utilisation de moments humoristiques pour évacuer la pression dramatique (comic relief) — on pense à cette poursuite vaudevillesque dans le motel alors que le FBI est aux traces d’Anton. Il avait toutefois mieux réussi son dosage avec Un ours et deux amants (2016).

Nul doute, Kim Nguyen maîtrise à merveille l’art de la narration cinématographique. Il multiplie les magnifiques prises de vue et possède un sens du cadre remarquable. Mais de belles images ne suffisent pas à maintenir totalement l’intérêt.

Vrai que Le projet Hummingbird a tout du film de nerds, même s’il est le plus accessible de Nguyen, qui a opté une mise en scène assez convenue.

Il illustre toutefois avec éloquence le syndrome de la pépine dont souffrent certains hommes (le désir de voir les projets d’envergure se terminer avant d’évaluer leur faisabilité). Le réalisateur n’a toutefois pas su pousser la logique jusqu’au bout.

Le projet Hummingbird est un peu trop dispersé pour son bien, mais il démontre que Nguyen peut passer à une autre étape. D’un film indépendant avec des moyens (16 M$), il peut maintenant rêver à rejoindre les Denis Villeneuve et Jean-Marc Vallée à Hollywood.

Au générique

Cote : ***

Titre : Le projet Hummingbird

Genre : Comédie dramatique

Réalisateur : Kim Nguyen

Acteurs : Jesse Eisenberg, Alexander Skarsgård, Salma Hayek

Classement : Général

Durée : 1h51

On aime : l’ambition du propos. L’implication des acteurs. Les superbes plans.

On n’aime pas : les difficultés à moduler le ton.