Sans occulter l’héroïsme des pionniers de l’espace, Le premier homme place à l’avant-plan la quête de l’astronaute Neil Armstrong (Ryan Gosling) pour retrouver la sérénité après le décès de sa petite fille.

«Le premier homme»: mission accomplie ****

CRITIQUE / «Le premier homme» («First Man») a généré des attentes très élevées dès son annonce. Parce qu’il s’agit du récit de l’épopée légendaire de la conquête de la Lune par Apollo 11 avec Neil Armstrong à sa tête. Et qu’il est mis en image par Damien Chazelle, qui retrouve Ryan Gosling dans le rôle-titre après l’immense réussite de «Pour l’amour d’Hollywood» («La La Land»). Mission accomplie.

Ceux qui s’attendent à une pétarade d’effets spéciaux et de roulements de mécaniques patriotiques seront déçus. Chazelle a plutôt choisi pour cette adaptation du livre de James R. Hansen un rythme lent, tendant patiemment son arc dramatique jusqu’aux séquences à couper le souffle de l’alunissage et du «petit pas pour l’homme et du bond de géant pour l’humanité».

Le premier homme place à l’avant-plan la quête personnelle d’Armstrong pour retrouver la sérénité après le décès de sa petite fille, reléguant celle de la connaissance et du progrès de la race humaine en toile de fond. Cet homme vit avec une blessure intérieure tellement douloureuse qu’elle le coupe de ses émotions — Gosling, stoïque, offre une performance remarquable où le moindre regard trahit toute la souffrance du monde.

La folie démesurée de l’héroïsme de ces pionniers de l’espace n’est pas pour autant occultée. Il faut un courage exemplaire et une foi sans bornes pour s’élancer vers l’espace dans ces boîtes de tôle équipées de l’équivalent d’un Commodore 64. Le film évoque les nombreux échecs meurtriers des missions Gemini et Apollo, ainsi que leurs répercussions dévastatrices sur les proches. Chazelle fait d’ailleurs une bonne place au désarroi, aux doutes et au support de Janet, la femme d’Armstrong, interprétée avec brio par Claire Foy.

Pour son quatrième long métrage, qui fut d’abord présenté en ouverture à la Mostra de Venise, Chazelle a choisi une approche profil bas après les prouesses cinématographiques de Whiplash (2014) et de Pour l’amour d’Hollywood, couronné de six Oscars en 2016. Le cinéaste est devenu, à 32 ans, le plus jeune de l’histoire à obtenir la statuette du meilleur réalisateur.

Il centre son récit sur le point de vue d’Armstrong (parfois en caméra subjective), dans les tons et couleurs correspondant à l’époque (entre 1961 et 1969). Sur Terre, beaucoup de gros plans, de caméra portée et une maîtrise remarquable des ellipses qui permettent une progression sans heurts et une tension constante.

Dans la stratosphère et au-delà, le réalisateur se permet d’étaler son savoir-faire, qui va de la valse spatiale de vaisseaux (à la 2001, l’Odyssée de l’espace) aux vertigineuses scènes d’ascension qui ressemblent à un tour de manège à couper le souffle.

Le premier homme est, sans contredit, un excellent film qui réussit à nous faire vivre de près cette incroyable aventure. Ce n’est pas un chef-d’œuvre pour autant. L’excès de volume de la trame sonore, parfois, est une faute de goût. Et malgré toute l’empathie de son approche humaniste, il échoue à faire vibrer à plein volume les cordes de nos émotions. Pas sûr que l’utilisation, même parcimonieuse, des documents d’archives est une bonne idée — on décroche.

N’empêche. Le premier homme incarne l’idée même de ce qu’est le cinéma : un art qui réussit à nous faire rêver, tout en nous faisant réfléchir. Et ça, c’est la marque d’un grand réalisateur. Nul doute.

AU GÉNÉRIQUE

Cote: ****

• Titre: Le premier homme

• Genre: drame biographique

• Réalisateur: Damien Chazelle

• Acteurs: Ryan Gosling, Claire Foy, Jason Clarke

• Classement: général

• Durée: 2h21

• On aime: l’approche judicieuse. La direction d’acteurs. La reconstitution des grandes étapes jusqu’à la conquête de la Lune

• On n’aime pas: les excès de trame sonore