«Le poirier sauvage», qui raconte l’histoire d’un homme (Dogu Demirkol) revenant dans son village natal d’Anatolie, se veut du cinéma d’auteur sans aucune concession au divertissement.

«Le poirier sauvage», un film pour public averti ***

CRITIQUE / Nuri Bilge Ceylan est l’un des cinéastes qui a son abonnement au Festival de Cannes. «Le poirier sauvage» («Ahlat Ağacı») ne fait pas exception. Sauf que, cette fois, le réalisateur turc est reparti bredouille en mai dernier. On peut comprendre : son très long métrage ne réussit pas à imposer la même tension dramatique que «Sommeil d’hiver», gagnant de la Palme d’or en 2014.

Après le couple, Ceylan s’attarde aux (parfois) difficiles relations père-fils et les non-dits qui viennent avec. Ce qui est quand même paradoxal pour un film extrêmement verbeux. On pense notamment aux interminables discussions théologiques sur le Coran auxquelles se prêtent deux imams, personnages très secondaires qui auraient dû être coupés au montage.

Car Le poirier sauvage se concentre surtout sur Sinan (Dogu Demirkol) et son père Idris (Murat Cemcir), même si la mère et la sœur sont parfois prises à partie. Le jeune homme revient donc dans son village natal, en Anatolie, après ses études supérieures. Imbu de son savoir, prétentieux et arrogant, Sinan rêve de faire publier son roman à compte d’auteur qui, croit-il, le permettra de trouver gloire et réputation avantageuse.

Il lui faut toutefois trouver l’argent pour y arriver, ce qui s’annonce ardu, car les dettes de son paternel fantaisiste, un joueur pathologique, finissent par le rattraper. Il se reconnaît difficilement dans cet homme, un ex-professeur qui ne rêve que d’élever des animaux et qui s’obstine à creuser un puits dans une terre aride.

Ce récit d’apprentissage se veut donc une réflexion poussée sur la filiation et la solitude. Il est aussi un constat implacable sur la Turquie actuelle. Mais ses digressions font parfois sombrer le récit dans l’ennui.

Ce qui est bien dommage, car le réalisateur nous réserve dans ses dialogues finement écrits plusieurs pistes de réflexion intéressantes. Même si Le poirier sauvage n’est pas aussi réussi que Sommeil d’hiver, Ceylan n’a pas pour autant perdu la main à la caméra. Il y a une véritable poésie dans ses images et une grâce certaine dans cette mise en scène contemplative, qui repose souvent sur de longs plans fixes.

Comme pour les films précédents du réalisateur, Le poirier sauvage se veut du cinéma d’auteur sans aucune concession au divertissement. Il faut être disposé à faire un petit effort et être dans de bonnes dispositions d’esprit pour s’y mesurer.

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***

• Titre: Le poirier sauvage

• Genre: drame

• Réalisateur: Nuri Bilge Ceylan

• Acteurs: Dogu Demirkol, Murat Cemcir, Bennu Yildirimlar

• Classement: général

• Durée: 3h08

• On aime: la poésie cinématographique

• On n’aime pas: les digressions verbeuses. Un manque de tension. Des longueurs