Dans Le pacte des anges, deux frères (Lenni-Kim Lalande et Émile Schneider) kidnappent un mécanicien d'usine taciturne (Marc Messier) et l'entraînent sur la route vers un endroit inconnu en Gaspésie.

Le pacte des anges: huis clos à ciel ouvert ***

CRITIQUE / Richard Angers a de l'expérience comme cinéaste et ça se voit dans Le pacte des anges, son premier long métrage de fiction. Mélange de road-movie et de drame psychologique, le réalisateur de Québec propose un beau film, solide et touchant, qui explore avec beaucoup d'à propos les difficiles relations filiales et le poids de la culpabilité. Marc Messier y tient un de ses meilleurs rôles.
Le pacte des anges s'ouvre sur une scène magnifique où une harde de caribous apparaît de façon fantomatique dans un banc de brouillard à un chasseur hagard. Après avoir tiré, il examine le sang qui tache ses doigts... 
Il s'agit d'Adrien (Messier), un mécanicien d'usine taciturne. D'emblée, le spectateur sait qu'il porte le poids d'une souffrance intérieure envahissante. Un soir, il se retrouve au mauvais endroit et au mauvais moment, témoin d'une agression commise par deux jeunes sur un petit malfrat.
Cédric (Émile Schneider), 18 ans, et William (Lenni-Kim Lalande), 14 ans, le kidnappent et l'entraînent sur la route vers un endroit inconnu en Gaspésie. Laissés à eux-mêmes, ils vont peu à peu s'apprivoiser. Et découvrir qu'ils portent chacun une blessure profonde.
Dans ce huis clos à ciel ouvert, les fugitifs se révèlent au fur et à mesure qu'ils se déplacent. Les lieux fermés, la nuit, sont synonymes d'affrontement alors que la nature, le jour, devient propice aux confidences. 
Cohérence scénaristique
Richard Angers gère avec beaucoup de doigté les conflits et les fluctuations d'alliance dans le trio. Il laisse aussi le soin au spectateur, à des degrés divers, de deviner les motivations de ses protagonistes.
Le pacte des anges peut compter sur une fin tragique et logique, à l'image de ce film qui affiche une grande cohérence scénaristique alors qu'il aurait facilement pu déraper. C'est d'ailleurs son point fort - les longs métrages québécois sont souvent décousus -, ce qui compense un rythme parfois hésitant et certaines situations, somme toute, assez convenues.
Reste que Le pacte des anges mise surtout sur les révélations des fugitifs, parfois télégraphiées, parfois plus surprenantes, et quelques rebondissements assez crédibles pour maintenir l'intérêt. 
Nature magnifiée
Angers, un documentariste, a l'oeil. Certaines images de la nature, magnifiée de superbe façon par Jean-François Lord à la direction photo, ont un impact poétique important dans ce film d'auteur, comme ce plan évocateur de plumes de perdrix à la surface de l'eau...
Le pacte des anges devrait attirer un public plus large en raison de la présence de Marc Messier en haut de l'affiche. Il faudrait. Le populaire acteur y livre une de ses meilleures performances de son illustre carrière. Il réussit à traduire la sensibilité d'écorché vif et le sentiment de culpabilité qui rongent Adrien avec une économie de moyens remarquable. Émile Schneider n'est pas en reste. Un de nos jeunes acteurs les plus doués, il livre la métamorphose de Cédric avec beaucoup de subtilité.
Le film d'Angers ne révolutionne pas le genre, mais il tient bien la route. C'est déjà beaucoup.
Au générique
Cote: ***
Titre: Le pacte des anges
Genre: drame
Réalisateur: Richard Angers
Acteurs: Marc Messier, Émile Schneider et Lenni-Kim Lalande
Classement: 13 ans et et plus
Durée: 1h29
On aime: la cohérence scénaristique, la magnifique photo, la crédibilité de Messier et Schneider
On n'aime pas: un rythme parfois lent, quelques situations convenues