JLaw est éblouissante et touchante dans Le moineau rouge, même avec un toupet ridicule.

Le moineau rouge: arme de séduction massive **1/2

CRITIQUE / Francis Lawrence a eu la chance de réaliser les Hunger Games avec Jennifer Lawrence. Il peut encore compter sur la formidable actrice, mais avec un scénario convenu, pauvre en thème et daté, le metteur en scène a atteint son niveau d’incompétence avec Le moineau rouge (Red Sparrow). Heureusement que sa distribution hors pair réussit à transcender la faiblesse du propos.

Depuis la fin de la guerre froide, les drames d’espionnage sont autant de terrains minés. L’adaptation du roman de Jason Matthews, un ancien de la CIA, propose pourtant une Russie caricaturale. Dans celle-ci, le SVR forme des agents à obtenir des renseignements en échange de services sexuels. 

Dominika Egorova (Lawrence) est forcée d’y suivre la formation après que son oncle machiavélique (Matthias Schoenaerts) l’ait piégée et la fasse chanter pour qu’elle subvienne aux besoins de sa mère handicapée… C’est ça ou la fusillade…

Sa première mission: séduire Nat Nash (Joel Edgerton), un espion de la CIA qui sert de contact à un agent double haut placé du SVR. Le duo se retrouve à Budapest où, entre manipulation et séduction, ils vont marcher sur la mince frontière entre la confiance et la trahison. Tout en flouant leurs supérieurs.

Rien de bien original. À l’opposé de Blonde atomique avec Charlize Theron, il y a moins d’action et plus de peau. Sans réussir non plus à démonter les mécanismes du genre. Francis Lawrence tombe dans le sensationnalisme et échoue dans sa tentative d’illustrer l’exploitation de la femme comme objet sexuel en… exploitant la nudité de son actrice principale dans quelques scènes gratuites. En passant, si la Régie du cinéma a décidé d’accoler un 16 ans et plus comme classement au Moineau rouge, c’est plutôt en raison des scènes de torture sanguinolentes. 

Le cinéaste est réduit à utiliser des procédés racoleurs parce que son éventail de mise en scène est bien réduit. Incapable d’insuffler assez de rythme — il y a beaucoup de longueurs — et de tension, il filme bêtement ses acteurs en gros plan en espérant que ceux-ci vont réussir à insuffler assez de vie à son récit sur le pilote automatique.

Ce qu’ils font, la plupart du temps. La sculpturale JLaw y est éblouissante et touchante, même avec un toupet ridicule. On croit à la vulnérabilité de Dominika Egorova tout autant que sa force de caractère qui la transforme en as manipulatrice presque en claquant des doigts. Edgerton est tout aussi crédible en dur au grand cœur. Et comme il fait plaisir de revoir Jeremy Irons dans le rôle opaque d’un général russe sans pitié.

Le pire, c’est qu’ils réussissent avec des dialogues qui sonnent la plupart du temps comme des proverbes creux en tentant de se faire passer pour des aphorismes de sage. Ça fait mal aux oreilles, surtout avec l’accent russe de pacotille.

N’empêche. Un réalisateur plus doué aurait certainement pu réussir un suspense psychologique avec une dose d’érotisme qui nous aurait fait passer par toute la gamme des émotions. Avec cette version, le spectateur en est quitte pour un coït interrompu : plus frustrant que satisfaisant.

AU GÉNÉRIQUE

Cote: **1/2

Titre: Le moineau rouge

Genre: drame d’espionnage

Réalisateur: Francis Laurence

Acteurs: Jennifer Lawrence, Joel Edgerton, Matthias Schoenaerts, Jeremy Irons

Classement: 16 ans et plus

Durée: 2h20

On aime: la distribution impeccable 

On n’aime pas: la réalisation racoleuse. Le manque de tension. Des raccourcis. Les longueurs