Les affamées est brillamment réalisé et joué, mélange les genres et propose un point de vue original sur le Québec.

Le meilleur du cinéma québécois

Deux films québécois ont réussi tout un exploit en 2017 : finir parmi les trois premiers au box-office. De père en flic 2 (706 457 entrées) et Bon Cop, Bad Cop 2 (601 330) ont attiré plein de gens en salle. Mais le reste de notre production, surtout le cinéma d’auteur, peine encore à attirer les cinéphiles. Il y avait pourtant de très bons films à voir.

1) Les affamés

Le très solide Les affamés de Robin Aubert n’a pas remporté le prix du meilleur long métrage canadien au Festival de Toronto pour rien. Ce long métrage de zombies est brillamment réalisé et joué, mélange les genres et propose un point de vue original sur le Québec. Mais c’est d’abord et avant tout un pur plaisir cinématographique où le spectateur se range dans le camp de ceux qui essaient de fuir les attaques à répétition de ces âmes errantes dans un village isolé et vidé de ses habitants. Terrifiant.

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2) Les rois mongols

La touchante et sensible comédie dramatique de Luc Picard offre aussi un point de vue inédit sur un grand traumatisme de l’histoire québécoise en privilégiant le regard du quatuor d’enfants sur la crise d’octobre, en 1970. En résulte un petit bijou de tragicomédie qui pose une question qui interpelle : comment conserver la sincérité et le refus des compromis lâches de l’enfance? Les rois mongols est rempli d’une belle humanité. C’est rare. Il sera présenté à la Berlinale en février 2018.

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3) Le problème d’infiltration

La grosse surprise de l’année. Robert Morin est un réalisateur doué, mais surtout un créateur iconoclaste dont les films sont inclassables. Or, avec ce long métrage fortement anxiogène, il offre probablement son œuvre la plus accessible, tout en demeurant extrêmement dérangeante. Cette descente aux enfers d’un homme en apparence bien sous tous les rapports est profondément incarnée par Christian Bégin. Très fort.

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4) C’est le cœur qui meurt en dernier

On attendait beaucoup de cette adaptation du roman de Robert Lalonde par Alexis Durant-Brault. On n’a pas été déçu. Le réalisateur déploie son cinéma avec beaucoup d’efficacité. Ce puissant drame intimiste, qui n’est pas dépourvu d’une subtile critique sociale, est une belle évocation des liens complexes qui unissent une mère à son fils, mais aussi de la fin de vie. Et permet de réunir Denise Filiatrault et Sophie Lorain, probablement pour une dernière fois au grand écran. L’énergique actrice de 85 ans a trouvé un rôle à sa mesure…

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5) La petite fille qui aimait trop les allumettes

Autre adaptation, tout à fait étonnante, par Simon Lavoie, du classique de Gaétan Soucy. Comme d’habitude, le cinéaste livre une œuvre sans compromis et exigeante pour le spectateur. Les clés d’interprétations sont très nombreuses, ce qui amène ce dernier à réfléchir sur le propos. Paradoxalement, cette fable s’avère peut-être son film le plus accessible sur le plan formel, avec une magnifique photo noir et blanc. La petite fille... vaut beaucoup pour la présence de Marine Johnson dans le rôle-titre, une belle révélation.

- Mention honorable : Nelly, d'Anne Émond