Le film Dunkerque nous fait vivre avec brio un pan méconnu de la Seconde Guerre mondiale.

Le meilleur du cinéma

Voici donc le moment venu de revenir sur les 10 films, toutes catégories, qui m’ont le plus interpellé ou fait vibrer, réfléchir, rire, pleurer; bref, qui m’ont fait sentir vivant. Une seule règle : le long métrage doit avoir pris l’affiche à Québec en 2017. Ce qui explique l’absence, par exemple, de Lady Bird, Le Post, Appelle-moi par ton nom, Moi, Tonya ou Le fil caché, qui prennent tous l’affiche en janvier. Il s’agit, évidemment, d’une compilation axée sur le cinéma avec une forte signature plutôt que sur les recettes aux guichets...

1) Dunkerque, de Christopher Nolan (États-Unis, Royaume-Uni, France, Pays-Bas)

Dunkerque mérite son titre de meilleur film de l’année parce qu’il incarne la quintessence de l’expérience cinématographique en salle. Sous la direction de l’as réalisateur Christopher Nolan, cette reconstitution d’un pan méconnu de la Seconde Guerre mondiale se veut un véritable moment immersif, stupéfiant tant par son ampleur que sa maîtrise de la mise en scène, sans aucun temps mort. Ce récit en trois temps, trois mouvements est tout simplement magistral.

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2) Blade Runner 2049, de Denis Villeneuve (États-Unis)

Denis Villeneuve se retrouve pour une deuxième année de suite à mon palmarès et il ne l’a pas volé! Le réalisateur québécois a réussi un coup de maître avec cette suite au mythique Blade Runner (1982) de Ridley Scott dont il a respecté l’esprit, tout en insufflant un surplus d’âme et sa touche magique. Son excellent long métrage propose autant matière à réflexion sur l’être humain qu’il raconte une histoire prenante, nous rivant à notre siège tout au long. Servi en plus avec un visuel absolument époustouflant. Magistral et monumental.

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3) The Square, de Ruben Östlund (Suède, Danemark, France) 

The Square ne laisse personne indifférent malgré sa Palme d’or à Cannes et sa razzia aux Prix européens. Parce que cette brillante et féroce satire nous met face à notre hypocrisie, à nos petites lâchetés sociales, cette tendance de plus en plus répandue à l’individualisme. Ajoutez à ça que le cinéaste interroge notre rapport à l’art et aux immigrés avec son personnage principal… The Square se distingue autant par l’intelligence du propos que sa mise en scène. 

The Square, qui a remporté la Palme d'or à Cannes, se distingue autant par l’intelligence du propos que sa mise en scène.

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4) Moi, Daniel Blake, de Ken Loach (Royaume-Uni, France)

Parlant de Palme d’or (la deuxième pour Loach), il aura fallu attendre un an avant de voir celle de 2016 sur nos écrans. Son très puissant et touchant drame social fait dans l’épure et creuse le même sillon que tous les longs métrages du cinéaste depuis 50 ans : la dénonciation du néolibéralisme qui profite aux puissants et humilie tous les autres. Ce qui force l’admiration dans ce film sur la solidarité et l’entraide affichées, c’est le courage des convictions. Et la puissance toute simple du récit.

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5) Trois affiches tout près d’Ebbing, Missouri, de Martin McDonagh (Royaume-Uni, États-Unis)

Martin McDonagh a réussi un tour de force : équilibrer sa tragédie avec des accents de comédie noire en racontant le combat d’une mère prête à tout pour qu’on retrouve le meurtrier de sa fille. Résultat : un film puissant et prenant qui force l’admiration, tout en étant aussi un portrait réussi de l’intolérance, du racisme et de l’homophobie de l’homme blanc moyen. Prix du scénario à Venise avec, en prime, de superbes performances de Frances McDormand et Woody Harrelson.

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6) L’autre côté de l’espoir, d'Aki Kaurismäki (Finlande)

Très mérité Ours d’argent du meilleur réalisateur à la Berlinale 2017, la tragicomédie décalée, humaniste et engagée de Kaurismäki, est une véritable radiographie de la crise migratoire et de l’attitude des Occidentaux. Une fable contemporaine aigre-douce — il y a aussi de la bonté —, qui se démarque par son approche basée sur une mise en scène distancée. Un film iconoclaste, donc, qui évite tout pathos et fait réfléchir aux idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité. Ça sert aussi à ça, le cinéma.

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7) Wind River, de Taylor Sheridan (États-Unis)

J’ai eu la chance d’attraper Wind River au Festival de Cannes, où il était présenté dans la section Un certain regard. La première réalisation de Sheridan méritait une place en compétition. Ce drame puissant et déchirant vient compléter la trilogie qu’il a scénarisée après Sicario (2015) et Hell or High Water (2016). Un film viscéral et maîtrisé, inspiré par les abus sexuels et les meurtres qui fauchent toutes ces femmes sur les réserves des Premières nations. Et qui compte sur une solide distribution en plus.

Wind River est un film viscéral et maîtrisé, inspiré par les abus sexuels et les meurtres qui fauchent toutes ces femmes sur les réserves des Premières nations.

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8) Une histoire de fantôme, de David Lowery (États-Unis)

La preuve qu’il se fait encore de l’excellent cinéma indépendant — malgré les problèmes de distribution. Tourné dans l’urgence avec trois fois rien et deux très bons acteurs (Casey Affleck et Rooney Mara), Lowery livre un magnifique film intimiste, une poignante, et parfois troublante, méditation sur l’amour, le deuil et la résilience. Une belle leçon de cinéma, sur la façon de raconter une histoire en misant sur les images plutôt que les mots. On retient aussi son refus du sensationnalisme, sa touche délicate et l’humanisme du propos. Superbe.

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9) Le client, d'Asghar Farhadi (Iran)

Le brillant drame universel de Farhadi a obtenu le prix du scénario à Cannes en 2016 et l’Oscar du film en langue étrangère en 2017. Il s’agit pourtant d’une histoire toute simple, celle d’une femme agressée chez elle alors qu’elle prend une douche et de son mari qui se met en tête de trouver le coupable. Mais Farhadi va disséquer une multitude de thèmes (colère, vengeance, humiliation, honneur, pardon, compassion, etc.) et l’évolution de la dynamique d’un couple par rapport à un traumatisme majeur. Tout en parlant de la situation en Iran. Faut le faire.

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10) La forme de l’eau, de Guillermo del Toro (États-Unis)

Guillermo del Toro démontre avec ce film son admirable maestria de la mise en scène et son incontestable cinéphilie. La forme de l’eau est une lettre d’amour au cinéma. Le réalisateur multiplie les genres (film noir, d’espionnage, mélodrame, gore (un tout petit peu), etc.) sans coup férir. Mais, surtout, sa variation sur le thème de La Belle et la Bête est l’un des plus beaux films d’amour de l’année, sans mièvrerie. Sally Hawkins est absolument touchante et convaincante dans le rôle de cette femme de ménage muette qui s’émancipe du carcan social. Magnifique.