Dans «Le livre de Green», un Italo-Américain mal dégrossi (Viggo Mortensen) sert de chauffeur à un pianiste virtuose noir (Mahershala Ali).

«Le livre de Green»: tenir la route ***

CRITIQUE / Il y a deux façons de voir «Le livre de Green» («Green Book»). D’abord pour ce qu’il est: une agréable comédie dramatique qui mélange adroitement le film de route avec celui du duo aux antipodes («buddy movie»), portée par deux interprètes fabuleux. Ensuite pour les thèmes qu’il évoque, parfois un peu maladroitement, à propos de la ségrégation raciale qui ronge les États-Unis depuis toujours.

Peter Farrelly tourne habituellement avec son frère Bobby des comédies outrancières (la plus réussie étant certainement Marie a un je-ne-sais-quoi, 1998). Pour son premier essai solo, il s’est inspiré d’une histoire incroyable — où la réalité dépasse la fiction (même si on a pris quelques libertés avec les faits).

Le livre de Green débute à New York, en 1962. Frank Vallelonga (Viggo Mortensen), un portier italo-américain pugnace et mal dégrossi en chômage pour deux mois, se voit offrir de servir de chauffeur pour un pianiste virtuose pour une tournée. Or, Don «Doc» Shirley (Mahershala Ali) est noir comme l’ébène…

Ce qui n’a rien d’évident dans les États ségrégationnistes du Sud. Surtout que Frank traîne un héritage raciste — Farrelly passe d’ailleurs beaucoup trop de temps à illustrer qu’au fond, le garde du corps n’est pas réellement raciste, seulement ignorant.

Mais, bon, une fois en tournée, le long métrage se met réellement en route… Les deux hommes sont aux antipodes — et les stéréotypes sont inversés. Doc a trois doctorats en poche et le snobisme qui va avec quand il adresse la parole à son chauffeur presque illettré qui a passé sa vie dans le Bronx et tire le diable par la queue.

L’apprentissage sera mutuel au fur et à mesure que la proximité fera tomber les barrières que les deux hommes ont dressées entre eux. Alors que Frank prend la mesure des humiliations et des torts subis par son patron, mais aussi sa dignité absolue, Doc apprend à passer outre ses propres préjugés qui l’enferment dans une solitude incommensurable pour découvrir un honnête homme de parole. Le duo va, évidemment, apprendre à s’apprécier et forger un lien.

La réalisation de Farrelly ne se distingue pas outre mesure de la routine et elle verse parfois dans les bons sentiments. Heureusement, il peut compter sur un bon sens de l’humour, quelques dialogues assez bien tournés et la forte présence de ses acteurs.

Le toujours excellent Mortensen, totalement incarné, mérite une troisième nomination aux Oscars après Promesses de l’ombre de Cronenberg (2008) et Une vie fantastique de Matt Ross (2017).

Quant à Mahershala Ali, Oscar du meilleur second rôle pour Moonlight de Barry Jenkins en 2016, il est absolument impérial en homme dont l’armure va craquer peu à peu.

Les deux acteurs ont fait ce film pour sa dénonciation non équivoque de la discrimination raciale, son exploration de l’humanité qui lie chacun au-delà des différences. Il peut toutefois laisser croire que le racisme éhonté des sociétés occidentales est chose du passé, ce qui est loin d’être le cas. Autrement dit, il donne bonne conscience.

Et ce fameux livre, qu’en est-il? Il s’agit du Negro Motorist Green Book, un guide qui répertoriait les hôtels, les restaurants et les musées accessibles aux gens de couleur, édité cinq fois de 1936 à 1966...

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***

• Titre: Le livre de Green

• Genre: comédie dramatique

• Réalisateur: Peter Farrelly

• Acteurs: Viggo Mortensen, Mahershala Ali

• Classement: général

• Durée: 2h10

• On aime: le duo de choc. Un récit incroyable. Le ton, en général

• On n’aime pas: l’aspect prévisible malgré tout. Les petits excès de sentimentalité