Jessica Chastain en met plein la vue avec une interprétation nuancée de cette femme forte, mais qui se laisse emporter par son caractère fougueux.

Le jeu de Molly: haut la main ***1/2

CRITIQUE / Aaron Sorkin est un dramaturge et scénariste exceptionnel. Il était grandement temps qu’il passe à la réalisation. Et il le fait avec un brio incontestable en adaptant Le jeu de Molly (Molly’s Game). Un rythme frénétique, des dialogues ciselés à la perfection et une interprétation remarquable de Jessica Chastain servent à raconter l’ascension rapide et la chute vertigineuse d’une femme qui ne voulait pas s’en laisser imposer.

La prenante séquence d’ouverture de ce drame captivant sert à la fois de mise en contexte et de microcosme. La jeune Bloom s’apprête à descendre une piste de bosses en vue des qualifications pour les Jeux olympiques. Elle a calculé chaque mouvement en tenant compte de toutes les variables et s’élance à une vitesse folle vers la course de sa vie. Jusqu’à ce qu’un petit morceau de bois lui fasse perdre le contrôle alors qu’elle amorce son dernier saut. Propulsée dans les airs, elle retombe la tête la première avant d’être projetée dans le filet de sécurité, inconsciente…

En un court moment, le spectateur vient d’en apprendre beaucoup sur Molly Bloom — son ambition, sa témérité, son goût du risque, mais aussi une certaine inconscience. Tout ça est à l’œuvre dans ce long métrage inspiré des mémoires de l’Américaine. Et on voit tout de suite où ça l’a menée puisque Sorkin avance de 12 ans, au moment de son arrestation par le FBI.

Parce que plutôt que d’entrer à l’université en droit, la flamboyante jeune femme se retrouve à la tête des parties de poker les plus exclusives du monde à Hollywood: acteurs, réalisateurs, athlètes professionnels, magnats des affaires... Et, sans qu’elle le sache, la mafia russe. Parce qu’à ce moment, dans l’air raréfié des sommets et de l’ivresse de la surconsommation, la rusée Molly a baissé sa garde…

Le film ne nomme personne. Ce qui est en droite ligne avec ce qui s’avère l’essence de la personnalité de Bloom. Malgré les pressions du FBI et de son avocat (Idris Elba), elle se refuse à trahir ses clients. Question de fierté. Et d’intégrité. Un peu de culpabilité aussi: certains flambeurs vont tout perdre…

Sorkin est le créateur d’À la Maison-Blanche (The West Wing) et de Newsroom à la télé ainsi que de Steve Jobs (2015), Des hommes d’honneur (1992) et Le réseau social, Oscar du meilleur scénario adapté en 2011. On peut compter sur ce scénariste de génie pour montrer ce qui arrive à ceux qui vendent leur âme au diable pour accomplir le rêve américain.

Il pousse toutefois un peu trop la note lorsqu’il explore les tenants et aboutissants de la relation de l’ado rebelle et de son père psychologue (Kevin Costner). Une mise en place pour une scène larmoyante de rédemption (assez forte, cela dit). Avec une telle histoire, ce n’était pas nécessaire.

Manifestement, Sorkin a pris beaucoup de notes sur les plateaux de tournage. Sa réalisation est parfaitement maîtrisée et menée à la vitesse grand V. Jamais il n’égare le spectateur dans sa structure d’aller-retour temporels qui montre en parallèle les discussions de l’accusée avec son avocat et les folles nuits de poker (parfois illustrées par des images superposées explicatives sur les mains disputées).

Logiquement, le réalisateur a confié la narration à Molly. C’est sa voix et son point de vue qui rendent Jessica Chastain omniprésente. L’incandescente actrice, dans un rôle très sexy, en met plein la vue avec une interprétation nuancée projetant l’image d’une femme forte qui refuse la domination masculine, mais qui se laisse emporter par son caractère fougueux.

L’interprète du prochain Xavier Dolan a de la compétition pour les Oscars, mais déjà une nomination aux Golden Globes, tout comme Sorkin pour le meilleur scénario. Avec raison: Le jeu de Molly est un divertissement admirablement bien ficelé.


AU GÉNÉRIQUE

  • Cote: ***1/2
  • Titre: Le jeu de Molly
  • Genre: drame biographique
  • Réalisateur: Aaron Sorkin
  • Acteurs: Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner
  • Classement: général
  • Durée: 2h10
  • On aime: le scénario captivant. L’interprétation nuancée de Chastain. Les thèmes abordés
  • On n’aime pas: un certain excès de signifiants