Après avoir interprété le rôle d'Omar Sy dans l'adaptation théâtrale d'Intouchables, Antoine Bertrand joue aux côtés de l'acteur dans Demain tout commence.

Le gène du succès

PARIS / Fils de producteur et petit-fils d'acteurs, Hugo Gélin fait partie du sérail du cinéma français. Ce qui ne l'a pas aidé, bien au contraire : il en a ramé un coup. Mais Demain tout commence va établir sa crédibilité. Sa chaleureuse et touchante comédie dramatique a décroché le gros lot : 3,3 millions de spectateurs en France. Grâce à Omar Sy, bien sûr, mais aussi notre Antoine Bertrand national. Petite histoire d'un succès improbable.
Le réalisateur Hugo Gélin et l'acteur Omar Cy lors du tournage de <i>Demain tout commence</i>. La touchante comédie dramatique a fait exploser le box-office en France.
En fait, tout dans ce long métrage (adapté d'un film mexicain!) est improbable. Mais plausible. À commencer par ce récit d'un noceur français qui se retrouve monoparental avec un bébé et qui doit refaire sa vie à Londres. Où il reçoit un coup de main inespéré d'un producteur, aussi séducteur que gai: Antoine Bertrand, dans un contre-emploi (presque) inimaginable au Québec. Alors que le film tourne à plein en France, Hugo Gélin dégage une joie contagieuse en entrevue dans un hôtel de Paris. Ressemblant vaguement à Harry Potter, le volubile homme de 36 ans est un livre ouvert, qui s'explique volontiers sur son film autant qu'il se confie sur les drames familiaux qui l'ont inspiré pour son scénario.
Hugo Gélin a grandi sur les plateaux, mais ça ne l'intéressait pas outre mesure. Ses parents ne lui ont pas donné une éducation de cinéphile, mais il était néanmoins fasciné par leur passion et celle de proches comme le célèbre acteur-réalisateur Yves Robert. «Je me disais : "c'est fou d'avoir un métier qui les rend si heureux." Mais je ne voulais pas du tout être acteur. J'ai tout de suite eu le goût de raconter une histoire avec une caméra. Après, ça ne m'a pas forcément aidé. Les gens ne me prenaient pas au sérieux.»
La crédibilité a été longue à venir, raconte-t-il. «Je crois vraiment que les gens qui méritent de faire des films en font. L'abnégation est la même. Je n'ai pas eu de passe-droit pour mon premier film [Comme des frères, 2012]. Ça a été dur. C'était un petit long métrage avec pas beaucoup d'argent.» Puis il a été nommé deux fois aux Césars, dont celui du meilleur premier film, et les regards ont changé. «Mes parents n'étaient plus là depuis longtemps : mon père [Daniel Gélin] est mort quand j'avais 19 ans.»
Héritage familial
N'empêche, il y a une part d'héritage familial dans Demain tout commence. Le titre est une phrase du philosophe Gaston Bachelard que sa grand-mère, Danièle Delorme (Un éléphant ça trompe énormément), répétait sans cesse. Elle qui a vécu des hauts et des bas d'une grande amplitude, dont la mort de son fils unique à 53 ans (le père d'Hugo), était d'un optimisme et d'une énergie indéfectibles. 
«Ça m'impressionnait. Et je trouvais que ça collait très bien à l'histoire du film et à la philosophie du personnage principal. La dernière fois que je l'ai vue, c'était pour lui annoncer que ce serait le titre de mon prochain film.» Un ange passe. «Elle nous a quittés pendant le tournage.»
Cet hommage filial a maintenant une résonnance toute particulière. Plusieurs personnes se sont approprié la maxime. «Je trouve ça génial comme trajet, parce que ça ne reste pas dans la famille.»
Bien qu'il s'agisse d'une adaptation, il y a un lien profond entre le personnage principal et le jeune réalisateur, qui n'a pas froid aux yeux : «Si on a peur de faire ce métier, faut pas le faire», dit-il. Or, le Samuel joué par Omar Sy est un homme irresponsable qui se retrouve avec la plus grande des responsabilités : une fille. Il doit constamment sauter dans le vide - il n'est pas cascadeur pour rien! 
Samuel doit aussi composer avec le retour de la mère, qui veut récupérer sa fille, huit ans plus tard. Et la maladie. Le modèle du cinéaste est une phrase en exergue du Kid (1921), le chef-d'oeuvre de Chaplin : «Un film avec un sourire et, peut-être, une larme.» «C'est une citation que je pourrais mettre au début de mon film. J'aime bien ce mélange. Le drame existe en permanence dans la vie et l'humour permet de s'en sortir. Surtout en ces temps un peu violents et moralement épuisants pour tout le monde.»
Hugo Gélin parle en connaissance de cause, cette résilience, il l'a vue à l'oeuvre chez sa grand-mère. Ce qui explique aussi que les gens se reconnaissent dans Demain tout commence. L'humour, mais aussi la justesse du propos.
Le long métrage n'a pas seulement fait exploser le box-office français : il a été vendu dans 35 pays. «C'est fou. Mon premier film a fait 350 000 entrées. J'hallucine.»
Improbable Antoine Bertrand
PARIS / Probablement personne au Québec n'aurait eu l'audace de confier un rôle d'homosexuel un peu foufou mais pas maniéré à Antoine Bertrand. Et, pourtant, ça marche! Les circonstances de son audition sont d'ailleurs à l'avenant. L'interprète de Louis Cyr s'est filmé avec son téléphone intelligent, a-t-il confié au Soleil lors d'une entrevue.
«Il m'a envoyé ses essais, que j'ai encore, et tout de suite, je me suis dit : ''c'est lui.''» Hugo Gélin avait remarqué l'acteur dans Starbuck (Ken Scott, 2011). «Je cherchais quelqu'un d'aussi charismatique qu'Omar [Sy]. Qui ne se fasse pas bouffer par son charisme. Antoine, il a ça. Avant de le bouffer, il faut se réveiller tôt (rires).»
Antoine Bertrand ne lui a révélé qu'après le tournage qu'il avait joué le rôle d'Omar Sy dans l'adaptation théâtrale d'Intouchables, à Montréal. «C'est pas pour rien. Ils ont, quelque part, la même chose. Quand ils rentrent dans une pièce, ça fait du bien. Ce n'est pas anodin. Créer ce duo, c'était réjouissant.»  
Demain tout commence prend l'affiche le 8 avril.
Les frais de ce reportage ont été payés par UniFrance.