Gabriel Arcand et Pierre Deladonchamps forment un duo naturel dans Le fils de Jean.

Le fils de Jean: chercher son père ***

CRITIQUE / Un film français qui se déroule au Québec? Avouez qu'il y a de quoi être méfiant. Mais à ce chapitre, Le fils de Jean s'avère particulièrement réussi. Grâce aux grands talents d'acteur de Gabriel Arcand et de Pierre Deladonchamps, qui forment un duo naturel dans cette histoire de filiation mystérieuse et à la forme particulière.
Philippe Lioret n'a pas gardé grand-chose de Si ce livre pouvait me rapprocher de toi de Jean-Paul Dubois. Sinon l'envie d'en camper son récit au Québec. Qui s'attarde à Mathieu (Deladonchamps), professionnel de 33 ans séparé, dont la mère est morte et le père, inconnu. Ça fait beaucoup de solitude pour un seul homme, surtout introverti.
Puis il y a cet appel qui lui apprend la mort de son père, un médecin québécois. Mais, surtout, l'existence de deux frères. Mathieu prend l'avion pour Montréal où il est accueilli par Pierre (Arcand), le meilleur ami du défunt. Accueilli est un bien grand mot : l'ours mal léché lui dit qu'il n'est pas le bienvenu... Le jeune homme va s'entêter, si bien qu'il accompagne Pierre et ses demi-frères à la recherche du corps du disparu, qui s'est noyé dans le lac de son chalet.
Non, le long métrage ne s'enfonce pas dans les clichés de la cabane au Canada. Il va plutôt se servir de cette recherche bien concrète pour illustrer la quête paternelle de Mathieu, mais aussi son désir de se reconstituer une famille dont il a été privé.
Philippe Lioret en profite pour explorer les facettes habituelles à ce genre de drame psychologique : incommunicabilité, secrets familiaux, liens filiaux... Sans grande originalité, mais avec beaucoup de sincérité et sans tomber dans le pathos. 
La facture très classique de la réalisation ne retient pas particulièrement l'attention du spectateur. C'est plutôt la forme du récit. Le cinéaste de Welcome (2009) et Je vais bien, t'en fais pas (2006) a préconisé une mise en scène qui s'apparente à celle d'un suspense, avec ses revirements et ses surprises. Dans la mesure où on consent à se laisser emporter par la formule, Le fils de Jean s'avère un bon moment de cinéma même s'il manque un peu de souffle à la fin.
Paire formidable
Peu importe. Il s'agit du genre de long métrage qui compte d'abord et avant tout sur ses interprètes. Arcand et Deladonchamps forment une paire formidable. Le César du meilleur espoir 2014, pour le très bon L'inconnu du lac (Alain Guiraudie), démontre qu'il faudra suivre de près sa carrière, maintenant dotée d'un immense potentiel. Surtout pour faire face à Arcand, un acteur au talent exceptionnel, d'une grande sensibilité. Il y a une belle complicité qui nous fait croire à ces deux hommes que tout sépare qui vont apprendre à s'apprécier.
Le fils de Jean compte aussi sur la présence de Marie-Thérèse Fortin (Les grandes chaleurs), qui joue la femme de Pierre, et de Catherine de Léan (Nuit #1), leur fille. Leur solide présence apporte une contrepartie féminine bienvenue dans ce récit.
Le huitième long métrage de Lioret respire et donne beaucoup d'espace aux acteurs. Ça paraît à l'écran : on y croit. C'est déjà beaucoup.
Au générique
Cote: ***
Titre: Le fils de Jean
Genre: drame psychologique
Réalisateur: Philippe Lioret
Acteurs: Pierre Deladonchamps, Gabriel Arcand et Catherine De Léan
Classement: général
Durée: 1h38
On aime: la complicité des acteurs, la forme du récit, la sincérité du propos
On n'aime pas: une facture très classique