Mylia (Émilie Bierre) doit composer avec les difficultés de son entrée au secondaire, mais aussi sa petite peste de sœur Camille (Irlande Côté) dans le très beau Une colonie.

Le film de la semaine: Une colonie *** 1/2

CRITIQUE / Tout le monde se souvient de son entrée au secondaire. Ce moment où on passe des «grands» du primaire aux ti-culs de la poly et, pour beaucoup, l’anxiété qui vient avec. Ce que Geneviève Dulude-De Celles réussit à illustrer, avec une justesse remarquable, dans son très beau Une colonie, qui suit le parcours de Mylia (Émilie Bierre), une ado introvertie et un brin farouche.

On savait que la réalisatrice québécoise a du talent à revendre. Son court La coupe a obtenu le Grand Prix du jury au prestigieux festival de cinéma indépendant de Sundance, en 2014. A suivi son documentaire Bienvenue à F.L. (2016), sur des finissants au secondaire.

Son premier long métrage de fiction était attendu avec impatience. Il n’a pas déçu. Grand Prix du Festival de Québec (FCVQ) en septembre, Une colonie est aussi présenté en compétition à la 69e Berlinale, le 10 février.

Il est facile de comprendre cette estime quand on l’a vu. Sa mise en place, un peu longue, demande un brin de patience. Mais le spectateur en sera récompensé. D’autant que la réalisatrice fait écho au désarroi qui habite Mylia.

À 12 ans, l’ado doit quitter le confort de sa campagne natale pour fréquenter son école secondaire. Une situation d’autant plus stressante que le couple de ses parents semble à la dérive. Et que Mylia a de la difficulté à trouver ses repères auprès des autres élèves plus «matures», notamment lorsqu’elle est invitée à son premier party de sous-sol.

Mylia a de la difficulté à trouver ses repères auprès des autres élèves plus «matures», notamment lorsqu’elle est invitée à son premier party de sous-sol.

Bien vite, la jeune fille est confrontée à la pression des pairs et au conformisme qui s’exerce plus ou moins directement.

La rencontre avec Jimmy (Jacob Whiteduck-Lavoie), un Abénaki qui vit sur la réserve voisine, lui permettra d’être mieux dans sa peau et de s’accepter, mais aussi de mesurer le racisme ambiant. Une question qu’aborde avec beaucoup de délicatesse Geneviève Dulude-De Celles.

La touche de la documentaliste accroit la justesse de ce récit initiatique qui, en arrière-plan, trace aussi le portrait de la vie à distance des centres urbains. Où on peut danser sur Love Will Tear Us Apart de Joy Division avec l’amie de sa mère et se cacher dans les bois, mais on doit également faire de très longs trajets d’autobus scolaires…

Une colonie est un effort nuancé et pertinent. Grâce à sa réalisation attentive et patiente envers ses personnages attachants, même la petite peste Camille (Irlande Côté), jeune sœur de Mylia, la réalisatrice permet à ses acteurs d’afficher un naturel confondant.

La réalisatrice a aussi su bien s’entourer, notamment avec l’expérimenté Stéphane Lafleur, réalisateur de Tu dors, Nicole (2014), au montage.

Une colonie affiche un bel équilibre entre la signature de son auteure et un désir de rendre son propos accessible à tous — même à un garçon de 11 ans qui termine son primaire. Mon fils aura une idée plus juste de ce qui l’attend. Mais il aura surtout vu un film touchant et inspirant...

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Une colonie

Genre : Drame

Réalisatrice : Geneviève Dulude-De Celles

Acteurs : Émilie Bierre, Jacob Whiteduck-Lavoie, Irlande Côté

Classement : Général

Durée : 1h43

On aime : l’approche très juste de l’adolescence. Les personnages attachants. La réalisation attentive.

On n’aime pas : une mise en place un peu longue.