Alice (Élodie Bouchez) suit depuis huit ans le parcours long et semé d’embuches de l’adoption.

Le film de la semaine: Pupille, un petit bijou! ****

CRITIQUE / Il fallait un doigté exceptionnel pour réussir un drame équilibré sur les méandres tortueux de l’adoption. Ce que démontre Jeanne Herry avec un talent rare. Pupille est un long métrage sensible, touchant, profondément humain, superbement interprété et magnifiquement filmé. Et qui propose, ce qui est plutôt rare, des personnages attachants, et imparfaits, qui ont l’épaisseur du réel. Un petit bijou!

La pupille (de l’État) s’appelle Théo. Autour du garçon de deux mois et demi abandonné à l’hôpital par sa très jeune mère gravitent trois personnages principaux.

Il y a Karine (Sandrine Kiberlain), une éducatrice spécialisée entièrement dédiée au bien-être des enfants, au point de négliger sa propre vie.

Elle propose à Jean (Gilles Lellouche) de s’occuper du bébé en attendant que l’équipe de l’aide à l’enfance statue sur son sort. L’assistant familial hésite, lui qui songe à plaquer ce boulot exigeant qui l’éloigne de sa femme.

Quant à Alice (Élodie Bouchez), la jeune quadragénaire espère que cette fois sera la bonne. La femme, sensible et ouverte aux autres, suit depuis huit ans le parcours long et semé d’embuches de l’adoption. Son statut de monoparentale ne l’avantage pas, ni son âge.

Pour son récit, Jeanne Herry (Elle l’adore, 2014) a choisi une approche presque documentaire sur les nombreuses démarches étatiques entourant l’avenir de Théo. La cinéaste les met habilement en parallèle avec son quotidien avec Jean, en papa poule super attentionné, et les étapes à franchir par sa courageuse mère adoptive.

Cette éventuelle rencontre est au cœur du film, tout comme les liens affectifs que doivent développer enfant et parent. Mais aussi ceux qui tiraillent Karine et Jean. La scénariste dévoile, en filigrane, une situation trouble entre les deux. Sans insister.

C’est toute la beauté de sa démarche, qui accorde autant d’importance aux détails qu’elle laisse le loisir au spectateur de comprendre, et de vivre, les tenants et les aboutissants de cette histoire de filiation. Une histoire somme toute simple, mais aux implications extrêmement complexes pour tous les protagonistes impliqués. À commencer par Théo…

Il faut aussi souligner la direction d’acteurs attentive de Jeanne Herry et la générosité des acteurs en retour (pas évident de jouer avec un bébé, imprévisible par nature). Lellouche et Bouchez, formidables et inspirés, sont, logiquement, en nomination aux Césars.

Pupille est d’ailleurs en lice pour la cérémonie d’excellence du cinéma français, le 22 février, dans sept catégories, dont meilleur film, réalisation et scénario original. C’est pleinement mérité.

Au générique

Cote : ****

Titre : Pupille

Genre : Drame

Réalisatrice : Jeanne Herry

Acteurs : Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Élodie Bouchez

Classement : Général

Durée : 1h50

On aime : la réalisation sensible. L’interprétation inspirée. Les thèmes abordés. L’humanisme du propos.

On n’aime pas : —