Ce n’est pas tant l’originalité que l’authenticité qui fait le charme de Lady Bird, grâce entre autres à son interprète, Saoirse Ronan.

Le film de la semaine: le superbe Lady Bird

CRITIQUE / Il aura fallu cinq nominations aux Oscars, dont meilleur film, pour qu’enfin les cinéphiles puissent voir Lady Bird sur grand écran ailleurs qu’à Montréal. C’est déjà ça de pris vu que la comédie dramatique de Greta Gerwig est un superbe moment de cinéma. La cinéaste a su trouver le ton juste, à la fois touchant et drôle, pour évoquer ces moments marquants lorsqu’un ado prend son envol et quitte le nid familial. Saoirse Ronan y est d’une justesse renversante dans le rôle-titre.

Gerwig s’est d’abord fait connaître comme actrice et muse de Noah Baumbach, notamment dans Frances Ha (2002) et Mistress America (2005), ainsi que devant la caméra de Rebeca Miller (Maggie’s Plan, 2016). Son premier long métrage navigue dans les mêmes eaux esthétiques dépouillées et réalistes dans le jeu et les dialogues (un brin caustique).

D’ailleurs sa protagoniste, Christine «Lady Bird» McPherson (Ronan), habite Sacramento, comme la cinéaste. Sans être autobiographique, Gerwig s’est inspirée de l’esprit du temps lorsqu’elle habitait en Californie — l’action s’y déroule en 2002-2003.

Action, s’est vite dit. Le film décrit le quotidien quelconque de Christine, pardon, Lady Bird comme elle s’est surnommée, pendant son année de finissante au secondaire dans une école catholique privée. Mais surtout son désir de se métamorphoser en se libérant de l’emprise de sa mère Marion (Laurie Metcalf) —, à qui elle ressemble beaucoup trop, croit-elle.

Rarement un film n’aura réussi à décrire avec autant d’à-propos les émotions contradictoires qui forgent le puissant lien mère-fille. Marion, une passive-agressive, cherche, sans y arriver, à exprimer son amour et sa détresse de voir sa fille voler de ses propres ailes. Ce que Lady Bird perçoit faussement comme une tentative d’étouffement.

Récit initiatique et quête identitaire, donc. Il ne faut pas chercher du côté de l’originalité, plutôt de l’authenticité, ce qui fait le charme de Lady Bird. Grâce à son interprète, bien sûr, mais aussi à cette galerie de personnages qui l’entourent : du père bienveillant à la meilleure amie dévouée, en passant par la sœur compréhensive.

L’adolescente va donc expérimenter, notamment sur le plan amoureux. Rien de bien dramatique, mais probablement la réalité à laquelle font face quantité de jeunes à cet âge ingrat où on a encore un pied dans l’enfance (il faut voir sa chambre) et un autre dans le monde adulte.

Les gens heureux n’ont pas d’histoire, dit-on. Peut-être. Mais ceux qui vivent dans un contexte normal, où on tente de joindre les deux bouts, où la dépression rôde, où s’aimer peut parfois être compliqué, sont certainement un terreau fertile devant la caméra d’une réalisatrice inspirée comme Gerwig. Amitié, empathie, entraide, espoir et émancipation se retrouvent devant sa caméra…

Sa mise en scène, simple et sobre, cherche surtout à rendre justice à son scénario (tout de même un peu prévisible). Mais il y a quelques moments qui démontrent que Greta Gerwig pourrait, dans un avenir rapproché, faire aussi sa marque comme réalisatrice. Gerwig a voulu, dit-elle, offrir un contrepoint féminin aux 400 coups de Truffaut et à Boyhood de Linklater. C’est réussi.

En terminant, il est tout simplement inconcevable que ce film prenne l’affiche à Québec deux mois après sa sortie à Montréal. Surtout après son immense succès critique et ses nominations aux Golden Globes, où le long métrage a gagné les trophées de la meilleure comédie et de la meilleure actrice (Ronan)… le 7 janvier!

AU GÉNÉRIQUE

Cote : ***1/2

Titre : Lady Bird

Genre : comédie dramatique

Réalisatrice : Greta Gerwig

Acteurs : Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Lucas Hedges

Classement : général

Durée : 1h33

On aime : le ton touchant. L’incarnation totale de Ronan. La réalisation attentive

On n’aime pas : un peu prévisible