Une nouvelle mission scientifique est envoyée dans une zone isolée entourée d’une nébuleuse pour tenter d’élucider le mystère des mutations génétiques qui modifient considérablement l’ADN végétal, animal et humain.

Le film de la semaine: le fabuleux Annihilation ****

CRITIQUE / Alex Garland a frappé un grand coup avec Ex Machina (2015). Avec Annihilation, le réalisateur britannique pousse un cran plus loin. Avec une maestria peu commune, son fabuleux drame d’anticipation plonge le spectateur dans un rêve éveillé où se côtoient une incommensurable beauté et la terreur la plus viscérale.

En adaptant le roman éponyme de Jeff VanderMeer, Garland a imposé sa propre vision allégorique d’une catastrophe environnementale qui pourrait s’avérer fatale pour l’humanité. Tout en ne négligeant pas la force d’un récit qui place les questions existentielles au cœur de sa narration. Et sans pour autant oublier de tendre son arc dramatique jusqu’à la rupture. 

Le spectateur est rivé à son siège, l’estomac noué. Il faut dire que Garland, d’abord un romancier, s’est fait les dents sur quelques scénarios, dont 28 jours plus tard (2002), un film de science-fiction post-apocalyptique. Tiens, tiens…

Cette fois, le cinéaste campe dès le départ la détresse émotionnelle de Lena (Natalie Portman), dont le mari militaire (Oscar Isaac) est disparu depuis un an. Sa réapparition, aussi soudaine que mystérieuse, va propulser la biologiste dans une dangereuse quête.

Le soldat a en effet mené une mission dans une zone isolée de l’hémisphère nord entourée d’une nébuleuse (qui a l’apparence et la texture d’une bulle de savon), dont il est le seul à être revenu. Lena décide d’accompagner une nouvelle mission scientifique au cœur du phénomène pour tenter d’élucider le mystère des mutations génétiques qui modifient considérablement l’ADN végétal, animal et humain.

Dans cette oasis d’une incroyable beauté, Garland et son directeur photo Rob Hardy créent des images qui sont un pur ravissement. Solidement appuyés par une direction artistique époustouflante et une trame sonore impeccable. Et implacable : le Mal rôde. 

Garland puise aux classiques de la science-fiction d’horreur, mais l’aplomb de sa mise en scène, ainsi que son œil acéré et son flair poétique, font penser autant à Malick que Tarkovski. Sa réflexion sur le double et l’identité évoque pour sa part le formidable Sous la peau (2013).

Annihilation offre un rôle en or à Natalie Portman, aussi intense et inspirée que dans Le cygne noir (2010, Aronofsky).

Intense Natalie Portman

Parlant du film de Jonathan Glazer, qui offrait un rôle en or à Scarlett Johansson, Annihilation fait de même pour Natalie Portman, aussi intense et inspirée que dans Le cygne noir (2010, Aronofsky). Jennifer Jason Leigh, méconnaissable, et Oscar Isaac offrent des performances dignes de mention dans un film qui ouvre la porte à toutes les interprétations.

Le genre qui nous laisse avec plus de questions que de réponses et force à la réflexion une fois les lumières allumées. Ce qui est le propre d’une quête artistique. Il aurait toutefois été préférable que Garland ne succombe pas à la tentation, dans les derniers moments, de lever, en grande partie, le voile sur ses mystères.

Un bien petit bémol pour un très grand film. Du vrai cinéma, quoi!

AU GÉNÉRIQUE

Cote : ****

Titre : Annihilation

Genre : science-fiction

Réalisateur : Alex Garland

Acteurs : Natalie Portman, Tessa Thompson, Jennifer Jason Leigh et Oscar Isaac

Classement : 13 ans et plus

Durée : 1h55

On aime : l’esthétique, les thèmes abordés, la maestria de Garland, l’ensemble de l’œuvre

On n’aime pas :