Dans Le brio, un prof aux idées bien arrêtées (Daniel Auteuil) doit préparer une étudiante issue de la banlieue parisienne (Camélia Jordana) pour un prestigieux concours d’éloquence.

Le film de la semaine: Le brio ***

CRITIQUE / À l’ère des textos et des émoticônes, un film basé sur les concours d’éloquence, c’est périmé, non? Pas du tout — on n’a qu’à voir la popularité du slam. D’autant que pour Yvan Attal, le contexte, bien qu’il soit aussi un hommage à la richesse du verbe, se veut un prétexte pour explorer les problèmes d’inégalités sociales et de racisme qui secouent nos sociétés. Courageux, Le brio est aussi porté par un duo explosif: Daniel Auteuil et Camélia Jordana.

Le réalisateur de Ma femme est une actrice (2001) aurait pu raconter l’histoire d’un rappeur qui s’extirpe de sa banlieue, il a plutôt choisi une musulmane arabe qui rêve de devenir avocate.

Mais à son arrivée à l’université, la timide Neïla (Jordana) est confrontée à Pierre Mazard (Auteuil), prof provocateur aux idées bien arrêtées. Leur altercation, filmée, se retrouve évidemment sur les réseaux sociaux. Le farouche pourfendeur de la rectitude politique se retrouve au banc des accusés.

Pour redorer son blason, et éviter le congédiement, l’imbuvable doit préparer la balbutiante étudiante à participer à un prestigieux concours d’éloquence.

Mazard manie le verbe comme autant de formules-chocs qui défrisent: «Ce qui compte, c’est d’avoir raison. La vérité, on s’en fout.» Neïla se pince le nez, mais, brillante, elle voit le potentiel de cette relation particulière. Quant au prof, c’est ça ou la porte. Mais, on s’en doute bien, il va se prendre au jeu…

Le contraste de personnalités, d’origine et de genres permet à Attal de brasser la cage des idées reçues concernant les différences raciales. Le brio est aussi un hommage à l’éloquence et à l’art de la rhétorique. Sans que ce soit pédant: le réalisateur filme les affrontements des concours comme des duels de western. Sa réalisation, convenue mais dynamique, s’appuie aussi sur la très bonne trame sonore du Canadien Michael Brook (Le coup de grâce de David O. Russell).

Le scénario veut aussi présenter l’autre côté de la médaille en explorant les notions de transmission et de tolérance dans la dynamique du duo.

Vaste programme que ce film. Attal reste d’ailleurs un peu trop en surface, mais il s’en tire plutôt bien même s’il ne peut éviter le piège des clichés, d’une trajectoire tout de même prévisible et d’une finale de circonstance.

N’empêche. Comme toujours dans ce genre de comédie dramatique en milieu universitaire — on pense au Destin de Will Hunting (1997) de Van Sant et à La société des poètes disparus (1989) de Peter Weir —, l’intérêt réside sur la dynamique entre le mentor et la pupille.

Or, non seulement la paire peut compter sur des dialogues finement ciselés, mais ses interprètes font des flammèches. Auteuil, trois Césars du meilleur acteur, est impérial en universitaire cynique revenu de tout. Camélia Jordana, une chanteuse, ne s’en est pas laissé imposer. D’un naturel bluffant, la jeune femme a remporté le César 2018 du meilleur espoir féminin.

Le brio se range au rayon des films sympathiques et intelligents, à défaut de laisser un souvenir impérissable.

AU GÉNÉRIQUE

Cote: ***

Titre: Le brio

Genre: comédie dramatique

Réalisateur: Yvan Attal

Acteurs: Daniel Auteuil et Camelia Jordana

Classement: général

Durée: 1h35

On aime: l’explosif duo d’acteurs. Les dialogues acérés. La transgression de la rectitude politique

On n’aime pas: la trajectoire un peu trop prévisible