Guillaume (Theodore Pellerin) et sa demi-sœur Charlotte (Noée Abita) perdent une part de leur innocence dans le remarquable Genèse.

Le film de la semaine: Genèse ****

CRITIQUE / Voici enfin Genèse sur nos écrans. La sortie du magnifique drame, à la fois puissant et délicat, fut repoussée pour le laisser poursuivre sa carrière en festival, plus d’une trentaine. Facile à comprendre après l’avoir vu : Philippe Lesage propose, avec cette puissante évocation de la perte de l’innocence, un film remarquable, qui se distingue par la véracité du propos, sa réalisation attentive et ses interprétations bouleversantes de Théodore Pellerin et Noée Abita.

En cherchant dans la part la plus intime et singulière à chacun, on réussit (parfois) à obtenir un propos universel. C’est le cas ici. Impossible de ne pas se reconnaître dans le saut dans le vide de Guillaume (Pellerin), pensionnaire dans une école secondaire, et de sa demi-sœur Charlotte (Noée Abita), qui commence le cégep.

Alors que le premier se questionne douloureusement sur son identité, la deuxième se laisse griser par l’expérience d’un garçon plus âgé, qui profite de la situation.

Genèse suit parallèlement leur éveil sexuel. Guillaume dissimule sa sensibilité par une attitude hautaine. Mais quand son armure craque au détour d’une confession bouleversante, on a droit à un très grand moment de cinéma.

Quant à Charlotte, la prétention de son copain à une relation «plus libre» va provoquer une faille en elle, qui déclenchera une véritable secousse sismique dans ses certitudes en l’amour.

On savait Philippe Lesage doué à la caméra. Les démons (2015), premier long métrage de fiction après un passage dans le documentaire, témoignait de sa maîtrise formelle — un peu trop appuyée.

Cette fois, le cinéaste a su se libérer du maniérisme d’un certain cinéma d’auteur pour laisser la vie s’engouffrer dans chaque plan, avec une résonance très forte. Il préconise une approche de cinéma direct, filmé en décors naturels et en son ambiant. Mais ses plans-séquences prennent plus de liberté, dans les mouvements de caméra parfaitement chorégraphiés, et confèrent au film une très belle licence poétique.

Ce qui fait également la force de Genèse ne loge pas dans l’originalité du propos, mais dans la sensibilité de l’écriture et du traitement. Le récit initiatique tend habituellement vers une résolution heureuse — Lesage a plutôt fait le pari de la réalité.

Ce genre de parcours est semé d’embuches. Et, parfois, se termine mal. Ou pas. Le cinéaste capte un moment précis de la vie de ses protagonistes et laisse aux spectateurs le soin d’imaginer la suite des choses.

Il a toutefois pris une décision audacieuse. Après presque deux heures avec Guillaume et Charlotte, il propose, en guise de conclusion, un mini-récit lumineux, un bel hymne à l’amour, en fait. Ce coda risque de déstabiliser le spectateur. Sauf s’il s’abandonne à la poésie des images et du son (qui utilise très judicieusement une interprétation de la pièce chantée par Guillaume en ouverture du film).

À ce propos, Genèse bénéficie du superbe travail de Nicolas Canniccioni à la direction photo. Mais un bel écrin ne sert à rien s’il est une coquille vide. Or, les dialogues de Lesage atteignent très souvent la cible. Parce qu’ils sont portés avec beaucoup d’abandon et de sincérité par Noée Abita, déjà fabuleuse dans Ava (2017) de Léa Mylsius, et Théodore Pellerin.

Le jeune acteur, révélation de l’année au dernier gala Québec cinéma pour Chien de garde, est encore une fois formidable tellement son jeu est incarné. Toute la fragilité intérieure de Guillaume fait surface sur la foi d’une posture, d’un geste ou d’un regard, toujours dans l’économie. Son Bayard du meilleur acteur au Festival de Namur est totalement justifié.

On peut chipoter ici et là — la trame sonore est parfois intrusive, par exemple, ce qui jure avec l’approche naturaliste de Lesage.

Reste que Genèse est un des meilleurs longs métrages de ce début d’année.

Au générique

Cote : ****

Titre : Genèse

Genre : Drame

Réalisateur : Philippe Lesage

Acteurs : Noée Abita, Théodore Pellerin, Pierre Luc Funk

Classement : 13 ans +

Durée : 2h11

On aime : la véracité du propos. La réalisation attentive. L’interprétation naturelle des jeunes. L’audace de la finale.

On n’aime pas : —