Selena Danielson (Juliette Binoche) et Alain Danielson (Guillaume Canet) forment un couple solide malgré leurs aventures respectives dans Doubles vies d'Olivier Assayas.

Le film de la semaine: Doubles vies ***

CRITIQUE / Olivier Assayas est plus versé dans les grandes réflexions existentielles que dans la comédie. Doubles vies devenait donc un objet de curiosité. Chassez le naturel, il revient au galop. Sous des airs de marivaudages éculés entre deux couples d’amis, le cérébral réalisateur français propose une réflexion poussée sur la numérisation de nos vies à l’ère de la post-vérité. Pas inintéressant, mais beaucoup trop bavard.

Lancé en compétition à la 75e édition du Festival de Venise, Doubles vies repose sur la dualité entre Alain Danielson (Guillaume Canet, très juste), le directeur d’une modeste maison d’édition, et son auteur Léonard Spiegel (Vincent Macaigne, totalement crédible).

Danielson refuse de publier le nouveau roman de son ami, «à l’œuvre exigeante et encore confidentielle» — une belle façon de dire que ses autofictions à peine retouchées rejoignent un public restreint.

Pour justifier son refus, l’éditeur évoque la révolution en cours dans l’édition et sa volonté de publier des livres destinés aux liseuses (une position «poussée» par sa jeune maîtresse, responsable du numérique). Il y a de moins en moins de lecteurs et de plus en plus d’auteurs, se justifie-t-il. Léopold s’accroche au romantisme du papier.

Selena Danielson (magnifique Juliette Binoche), femme de l’éditeur, se range aux côtés de Léopold. Serait-ce parce que l’actrice renommée joue un rôle dans cette nouvelle œuvre de son amant depuis sept ans ?

Le vétéran réalisateur signe une œuvre de haute-voltige intellectuelle qui explore les tenants et les aboutissants de la dématérialisation des contenus. Notamment la montée des réalités virtuelles où les adeptes du complot vivent dans un univers fictif déterminé par leurs propres préjugés. Et la diminution conséquente des points de vue critiques, remplacés par des algorithmes basés sur l’historique de consommation sur le Web et les médias sociaux.

Tout ça renforcé à grands coups de citations littéraires, de Phèdre à Nora Roberts en passant par un film de Bergman (Les communiants, 1963).

Dans ce contexte un peu étourdissant, on ne surprendra guère qu’Assayas ait adopté une mise en scène très sobre qui repose beaucoup sur les champs/contrechamps dans les (trop) nombreuses scènes de dialogues, finement écrits, mais qui s’éternisent.

Tout au long, notre cœur et notre raison balancent entre l’admiration et l’exaspération. D’autant que sa satire du monde de l’édition parisien semble bien éloignée de nos préoccupations. Et l’intrigue secondaire, sur les volontés de Danielson d’acquérir la maison d’édition, est d’un intérêt limité, à tout le moins…

Heureusement, il y a Valérie, jouée par l’humoriste Nora Hamzawi, une assistante parlementaire au grand cœur. La compagne de Léopold ramène le propos dans la vie un peu plus concrète et sera d’ailleurs le fil conducteur d’une finale sur une note d’espoir.

Heureusement parce que ce bal vaguement cynique des cocus égocentriques tourne un peu à vide malgré son discours.

Il est vraiment dommage que Doubles vies étouffe sous le poids de son propos trop touffu. Olivier Assayas y livre plusieurs réflexions éclairantes et pertinentes sur notre avenir. Qui donnent le goût de débrancher tous ces mondes virtuels qui bouffent trop de notre vraie vie...

Au générique

Cote : ***

Titre : Doubles vies

Genre : Comédie dramatique

Réalisateur : Olivier Assayas

Acteurs : Juliette Binoche, Guillaume Canet, Vincent Macaigne

Classement : Général

Durée : 1h37

On aime : la réflexion proposée. La justesse des interprètes.

On n’aime pas : le propos trop verbeux. Le marivaudage éculé.