Ailleurs porte sur une amitié hors du commun qui lie Tv (Noah Parker) à Samu (Théodore Pellerin).

Le film de la semaine: Ailleurs ***

CRITIQUE / Samuel Matteau a longtemps et beaucoup travaillé sur Ailleurs. Un premier long métrage entièrement produit à Québec — la ville y joue un rôle capital et magnifié par les images. Le jeune réalisateur a choisi de braquer sa caméra sur les marginaux, les rejetés, les inadaptés, donnant une voix à ceux qui n’ont pas. Son drame urbain souffre malheureusement d’un scénario convenu, d’un manque de souffle et d’intensité.

Adaptation libre par Guillaume Fournier du roman Haine-moi de Paul Rousseau, Ailleurs (anciennement Squat) porte sur une amitié hors du commun qui lie Tv (Noah Parker) à Samu (Théodore Pellerin). Après que ce dernier eut attenté à la vie de son père, les deux adolescents vont fuguer de leur banlieue aisée pour se retrouver au centre-ville de Québec.

Le duo fait la rencontre de la Belette, qui va les conduire jusqu’à un squat situé sous l’avenue Honoré-Mercier. Les deux amis vont se reconstituer une famille avec les jeunes marginaux qui y demeurent. Ce refuge inattendu va toutefois devenir un empêchement à leur but ultime: s’enfuir du milieu qui les étouffe.

Dans leur quête, ils croiseront aussi un personnage inquiétant (Emmanuel Schwartz), et un vieil homme bienveillant (Claude Robinson), qui s’occupe des jeunes de la rue (un peu à la manière du défunt père Emmett Johns «Pops» à Montréal). Leur amitié sera évidemment mise à rude épreuve.

Le récit initiatique sur le passage à l’âge adulte, très convenu, n’évite pas les clichés du genre (tout en explorant les notions de liberté et de résilience). Heureusement, Matteau a un talent de cinéaste évident. Il filme Québec comme on ne l’a jamais vue, montrant l’envers du décor de carte postale avec ses jeunes qui vivent dans la rue, ignorés par la société bourgeoise qui les entoure (on ne voit d’ailleurs jamais d’adultes et de figures d’autorité dans Ailleurs, sauf exception).

Aidé par un très fort sens de la composition, le cinéaste multiplie les plans lyriques qui confèrent une belle poésie visuelle à un milieu sordide, presque toujours filmé de nuit. Il mise d’ailleurs plus souvent sur l’implicite que l’explicite, ce qui a l’avantage de maintenir l’intérêt (la finale est assez prévisible).

Ailleurs a eu l’honneur d’ouvrir la 7e édition du Festival de cinéma de la Ville de Québec. On a donc pu le voir bien avant le déstabilisant Chien de garde de Sophie Dupuis, qui compte sur le même acteur principal, l’intense et doué Théodore Pellerin (qui rappelle le talentueux James Hyndman à ses débuts). Une chance. Le film de Matteau souffre de la comparaison. Pas techniquement (le réalisateur de Québec a accordé beaucoup de soin à la facture), mais sur le plan de la direction d’acteurs.

Dupuis a su capturer l’étincelle de vivacité qui jaillit du jeu lorsque l’acteur disparaît et que le personnage immerge en s’incarnant à l’écran. Les protagonistes d’Ailleurs manquent de présence.

Un beau premier essai qui laisse entrevoir de bonnes choses, à condition que Samuel Matteau ait les moyens de ses ambitions.

AU GÉNÉRIQUE

Cote: ***

Titre: Ailleurs

Genre: drame

Réalisateur: Samuel Matteau

Acteurs: Théodore Pellerin, Noah Parker

Classement: 13 ans +

Durée: 1h38

On aime: la facture visuelle. L’envers du décor de Québec

On n’aime pas: le scénario convenu. La direction d’acteurs hésitante