Le jury du FCVQ, composé de Christian Bégin, Monia Chokri, Fabrice Montal, Sophie Deraspe et Patrick Hubley, était tout sourire avant la projection de «La disparition des lucioles».

Le Festival de cinéma de Québec à la lueur des lucioles

C’est à la lueur des lucioles et des étoiles qu’a démarré, jeudi soir, la 8e édition du Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ). Pendant qu’à l’intérieur du Palais Montcalm, notables, jurés et cinéphiles assistaient la projection du long métrage de Sébastien Pilote, à l’extérieur, les festivaliers profitaient du beau temps pour (re)voir le mythique «Il était une fois dans l’Ouest» de Sergio Leone.

Avant de monter le tapis rouge, les artisans de La disparition des lucioles devaient traverser cette place D’Youville transformée en grand cinéma en plein air — gratuit — avec ses quelque 500 chaises blanches Adirondack déployées devant l’écran géant.

Une soirée à l’image de cet événement, qui essaie d’honorer la mémoire du 7e art et de partager son amour du cinéma actuel. Comme disait Ian Gailer, son directeur général, pour en faire un festival «qui appartient aux gens de Québec». En offrant, par exemple, cette nouvelle initiative pour les 13-16 ans: 100 places à 1$ pour toutes les projections pendant le FCVQ — sauf exception!

Comme cette soirée d’ouverture, noyautée par une importante délégation du Saguenay venue encourager Sébastien Pilote qui a, encore une fois, tourné dans son coin de pays. Québec n’était pas en reste. La réalisatrice et actrice Monia Chokri, native de la capitale, était présente comme présidente du jury pour assister à la projection de ce film québécois.

Car le FCVQ contribue, année après année, au rayonnement de notre cinéma, et pas seulement en ouverture. «On a tous les films indépendants québécois qu’on pouvait avoir», se réjouissait Ian Gailer, tout juste avant d’entrer dans la salle pour la première québécoise de La disparition des lucioles.

Karelle Tremblay et Pier-Luc Brillant sont les vedettes du nouveau film de Sébastien Pilote, «La disparition des lucioles», tourné dans son Saguenay natal.

«Léo, c’est moi»
Le troisième long métrage du cinéaste gravite autour de Léo (Karelle Tremblay), une ado en colère perpétuelle qui reste avec sa mère hystérique et son beau-père, un animateur de radio «populaire et populiste» qui a poussé son père idéalisé à l’exil en échange de son silence sur un assaut. La finissante au secondaire cherchera refuge auprès de Steve (Pierre-Luc Brillant), un «perdant magnifique» plus âgé, qui lui donne des leçons de guitare.

Même si ça ressemble beaucoup à ça, Sébastien Pilote se défend d’avoir tourné un récit d’initiation, un genre qui «ne l’intéresse pas». «Ce n’est pas plus un film d’ado que Le démantèlement était un film de moutons», rigole-t-il en entrevue. En paraphrasant Flaubert, il soutient que Léo est «une transposition de moi-même». Même chose pour le cadre intemporel de la comédie dramatique. Le réalisateur s’est inspiré de sa jeunesse au Saguenay et a voulu illustrer la singularité de la vie en région.

Reste qu’en voulant dénoncer le cynisme ambiant en y opposant une certaine naïveté incarnée par Steve, il trace le portrait d’un homo québécus qui oscille entre l’idiot tonitruant et le looser qui vit dans le sous-sol de sa mère, en passant par la trahison paternelle. Faudrait en revenir.

La disparition... marque un changement de ton dans le cinéma de Pilote après Le vendeur (2011) et Le démantèlement (2013), films beaucoup plus prenants. Plus léger et plus accessible, donc. Ce qui explique le bon accueil obtenu lors des présentations aux festivals de Karlovy Vary et Toronto (où était l’équipe mercredi soir). Mais il pousse parfois cette volonté un peu trop loin, notamment dans l’utilisation de la musique originale très appuyée, «un hommage aux films des années 1950».

Le long métrage est un véhicule taillé sur mesure pour Karelle Tremblay, très crédible. Et malgré ses défauts, il faut souligner un courage certain chez Sébastien Pilote, qui reconnaît avoir traité un grand sujet sur un mode mineur et avoir voulu montrer «les choses avec bonté».

D’où le titre, d’ailleurs, qui fait référence autant à l’empreinte humaine et industrielle sur la nature qu’au contre-pouvoir à la pensée dominante. Les lucioles «sont des lumières qui disparaissent sous les lumières crues. Ça prend du silence lumineux. Les grandes gueules qui prennent beaucoup de place nous empêchent de voir les lueurs d’espoir et d’innocence de ce monde».