Candide et naïve, Jesse (Elle Fanning) est une proie de choix dans ce monde de prédateurs où jalousie et convoitise règnent.

Le démon de néon: le règne de la beauté**1/2

Il est rare qu'on puisse voir rapidement un film de la compétition officielle du Festival de Cannes. Le sulfureux Nicolas Winding Refn est peut-être reparti les mains vides de la Croisette, le mois dernier, il n'a pas fait mentir sa réputation pour autant avec Le démon de néon (Neon Demon). Le réalisateur danois manie l'art de la provocation avec délectation - il en a choqué plusieurs en raison de certaines scènes très crues. Mais son film sur notre obsession pour la beauté et la superficialité qui l'entoure est à l'image de son sujet : d'une vacuité sidérante.
Son long métrage baroque, sorte de conte de fées postmoderne qui se transforme en film d'horreur, est d'une richesse visuelle absolument incroyable. Ce qui n'a pas empêché sa projection, à Cannes, de se conclure par quelques cris de rage et des huées. Comme d'habitude, Refn se complaît dans une esthétique léchée, mais surtout dans l'hémoglobine à profusion et la provocation facile (il y a une scène de nécrophilie qui se prolonge inutilement). Coeurs sensibles s'abstenir.
Le démon de néon met en scène Jesse (Elle Fanning), orpheline mineure qui aménage à Los Angeles. Sa beauté d'ingénue et son petit je-ne-sais-quoi la font rapidement remarquer par les croqueurs d'images. Candide et naïve, elle est une proie de choix dans ce monde de prédateurs où jalousie et convoitise règnent.
Métamorphose
Évidemment, elle amorce une métamorphose au contact de ses concurrentes, jalouses de l'attention qu'on lui porte. À partir de ce moment, Jesse devient de plus en plus antipathique, et le spectateur perd peu à peu tout intérêt envers sa destinée et aux personnages qui l'entourent.
Le démon de néon se veut un film féminin, presque féministe, où les hommes sont relégués aux seconds rôles. Ce qui fait changement dans le cinéma habituel de Refn, fort en testostérone. Malheureusement, le réalisateur de Drive n'a, cette fois, pas grand-chose à dire : les dialogues sont à peu près inexistants et l'intrigue est mince comme une feuille de papier. 
Par contre, Refn a mis le paquet sur la forme. La composition de chacun des plans est remarquable, sans parler des séquences oniriques qui puisent autant chez David Lynch que Jonathan Glazer - celles-ci sont hypnotiques, martelées par la musique industrielle de Cliff Martinez. Le film multiplie aussi les références à l'expressionnisme allemand. Comme le titre l'indique, l'éclairage au néon est omniprésent, ce qui colore bien des scènes d'une aura un peu glauque.
Ce n'est pas suffisant pour convaincre. Refn est capable de faire beaucoup mieux. Il est dommage que le doué cinéaste ait mis tous ses oeufs dans le même panier. Vrai que le style sans substance, ça peut aussi être de l'art. Ça dépend des goûts. Sauf que Le démon de néon ne laisse aucune image marquante en tête.
Au générique
Cote : **1/2
Titre : Le démon de néon
Genre : drame d'horreur
Réalisateur : Nicolas Winding Refn
Acteurs : Elle Fanning et Jena Malone
Classement : 16 ans et plus
Durée : 1h57
On aime : la beauté esthétique, la trame sonore
On n'aime pas : le manque de substance, la provocation