Paul Ahmarani joue les méchants dans Le cyclotron.

Le cyclotron: au-delà du réel ***

CRITIQUE / Dans notre cinématographie, les films d'Olivier Asselin se démarquent par leur liberté artistique et leur originalité atypique. Le cyclotron ne fait pas exception. Il y a quelque chose de totalement déconnecté à proposer un long métrage québécois qui se déroule dans l'Allemagne nazie, mélange de suspense, de film de guerre et de science-fiction! Mais cette originalité s'avère aussi le moteur d'un dépaysement total.
Asselin (La liberté d'une statue) ne dispose évidemment pas d'un budget de superproduction. Il a donc eu recours à des images de synthèse et à une astuce : l'essentiel de son quatrième long métrage est partagé entre deux huis clos, à bord d'un train et dans un bunker. Jouant sur la temporalité entre ces deux lieux, il trace, avec quelques retours en arrière, les grandes lignes de son récit.
Le cyclotron met en scène Simone (Lucille Fluet), une scientifique alliée qui doit retrouver Emil (Mark Antony Krupa), un physicien allemand soupçonné de détenir le secret de la bombe atomique et l'éliminer au besoin. L'espionne le déniche dans un train filant vers la Suisse où il compte se réfugier. Mais il a déjà à ses trousses les nazis et le redoutable König (Paul Ahmarani), un ambitieux savant qui s'est mis au service du Reich.
Fond historique
Asselin et sa coscénariste Fluet se sont basés sur un ensemble de faits historiques, qui rend l'histoire plus crédible, mais ont néanmoins épicé leur drame d'espionnage d'un soupçon d'anticipation rétrospective. Se basant sur la possibilité des univers parallèles de la mécanique quantique, ils ont imaginé un scénario alambiqué à l'avenant, qui a des parentés avec Mondes possibles (2000) de Robert Lepage et Les portes du destin (1998) de Peter Howitt. Le sort de l'humanité dépend de la destination empruntée par le train lorsqu'il atteindra un aiguillage trafiqué...
Avec son aspect cérébral, totalement assumé, Le cyclotron n'est toutefois pas aussi relevé qu'on l'aurait souhaité côté suspense. C'est la principale faiblesse d'un film qui en met plein la vue avec peu de moyens.
Olivier Asselin affiche dans ses films une passion contagieuse pour le cinéma. Il a créé, cette fois, un univers esthétique, en majorité en noir et blanc, inspiré de l'expressionnisme allemand et, surtout, du film noir américain des années 1950. La direction photo de Mathieu Laverdière (Gabrielle, Les être chers) est absolument remarquable, d'autant qu'il filme caméra à l'épaule.
Le long métrage bénéficie aussi de la présence de Paul Ahmarani. Il investit son rôle de méchant avec son remarquable talent habituel, sans verser dans la caricature, ce qui aurait été facile dans les circonstances. Sa composition est subtile. Malheureusement, Lucille Fluet souffre de la comparaison côté crédibilité. Et comme Le cyclotron repose beaucoup sur son personnage, l'oeuvre en souffre. C'est bien dommage.
N'empêche. La finesse d'esprit d'Asselin vaut le détour. Il met en parallèle la grande histoire (et de retentissantes découvertes scientifiques) aux comportements humains en temps de crise - le meilleur comme le pire lorsque le fascisme étend ses tentacules. En s'inspirant du passé, le réalisateur québécois livre un film totalement ancré dans le présent. Il y a amplement matière à réflexion...
Au générique
Cote : ***
Titre : Le cyclotron
Genre : drame d'espionnage
Réalisateur : Olivier Asselin
Acteurs : Lucille Fluet, Mark Antony Krupa et Paul Ahmarani
Classement : général
Durée : 1h36
On aime : le dépaysement, l'esthétique, les références cinématographiques, la réflexion
On n'aime pas : le manque d'émotion, un récit alambiqué