Isabelle Carré est absolument magistrale de retenue dans ce rôle de femme cruellement blessée par la disparition de son frère. L'actrice va montrer petit à petit la métamorphose d'Alice, qui devient de plus en plus lumineuse.

Le coeur régulier: l'exil intérieur ***

CRITIQUE / Olivier Adam coscénarise habituellement l'adaptation de ses romans. Pour Le coeur régulier, il a laissé le champ libre à Vanja d'Alcantara. Avec ce deuxième long métrage, la Belge a choisi une réalisation très épurée et contemplative, qui met l'accent sur le non-dit et l'image. Elle aurait pu royalement se planter sans la présence lumineuse d'Isabelle Carré, absolument magistrale de retenue dans ce rôle de femme cruellement blessée par la disparition de son frère.
La BCBG Alice (Isabelle Carré) a un bon mari et de beaux ados, mais traîne son spleen comme un boulet. À l'inverse, son bohème de frère Nathan (Niels Schnei­der, vu deux fois plutôt qu'une chez Xavier Dolan) déborde de fougue. Il a rencontré, au Japon, une personne qui lui a ouvert les yeux sur les bonnes raisons d'être en vie.
Malheureusement, sa vie est bêtement fauchée (accident? suicide?). Désemparée, Alice s'en va au Japon pour essayer de retrouver Daïsuke (Jun Kunimura), un ex-policier qui arpente les vertigineuses falaises de son île pour empêcher les malheureux d'attenter à leurs jours. Au contact de celui qui a aidé son frère et de ses hôtes, la quadragénaire va tenter de s'appuyer sur son deuil pour prendre un nouveau départ.
On ne compte plus ces dernières années les oeuvres qui abordent le désarroi d'une femme (ou d'un homme) qui a tout pour être heureuse, mais qui souffre de la vacuité de son existence. Le coeur régulier ne sort guère des sentiers battus si ce n'est qu'il se déroule principalement au pays du Soleil levant. On voit ici les thèmes de l'exil, du choc culturel et de la barrière des langues se poindre le bout du nez.
En fait, c'est bien le principal intérêt du Coeur régulier (avec la performance de son interprète). Cette île japonaise devient un personnage à part entière (dont on entend le souffle du vent et le bruit des vagues). Vanja d'Alcantara la filme de magnifique façon, notamment des plans majestueux et spectaculaires des falaises.
Métamorphose
Dans ce décor rude, sa caméra se pose presque constamment sur Alice. Cette présence continue, Isabelle Carré l'assure pleinement. L'air absent et presque murée dans ses tourments intérieurs (dont la culpabilité), l'actrice va montrer petit à petit la métamorphose d'Alice, qui devient de plus en plus lumineuse (tout comme la lumière du film). 
Faute d'une langue commune pour ses protagonistes, Le coeur régulier compte beaucoup sur le non-dit - il y a des silences qui parlent bien plus que des dialogues. Il ne faut donc pas s'étonner que les drames s'y jouent en sourdine. C'est tout l'art d'Isabelle Carré que de réussir à retenir constamment notre regard dans un récit, somme toute, fort convenu et par moments moins convaincant. Heureusement, la réalisatrice ne joue pas (trop) la carte de l'exotisme, à part l'aspect zen de la culture japonaise.
Étrangère au pays et étrangère à sa vie, Alice incarne tous ceux qui sont malheureux sans trop savoir pourquoi. Le coeur régulier propose un bon dépaysement, mais pas un voyage entièrement satisfaisant.
Au générique
Cote: ***
Titre: Le coeur régulier
Genre: drame psychologique
Réalisatrice: Vanja d'Alcantara
Acteurs: Isabelle Carré, Jun Kunimura et Niels Schneider
Classement: général
Durée: 1h35
On aime: l'éblouissante performance d'Isabelle Carré, la magnifique photo, l'épure
On n'aime pas: les thèmes convenus