Comme dans les autres films d'Asghar Farhadi, le couple se retrouve encore au coeur du récit du Client. Celui formé d'Emad (Shahab Hosseini) et de Rana (Taraneh Alidoosti) vivra une expérience traumatisante.

Le client: brillant drame universel ****

CRITIQUE / Un peu plus et Le client (Forushande) n'aurait pas été prêt à temps pour le dernier Festival de Cannes. Ce qui aurait été bien dommage : le brillant long métrage d'Asghar Farhadi a été un moment fort de cette 69e édition. 
Non seulement le cinéaste iranien est reparti avec le très mérité Prix du scénario, mais son acteur, Shahab Hosseini, a obtenu le Prix d'interprétation! On peut enfin voir le résultat sur grand écran avant les Oscars, où il est nomination pour le Meilleur film en langue étrangère. Cérémonie à laquelle Farhadi n'assistera pas, peu importe le résultat...
Comme souvent chez le réalisateur, le couple se retrouve encore au coeur du récit. Celui formé d'Emad (Hosseini) et de Rana (Taraneh Alidoosti). Le duo est d'abord ébranlé par un tremblement de terre qui les force à quitter leur logement. Ils trouvent un appartement où, par un malheureux concours de circonstances, Rana est agressée alors qu'elle se trouve sous la douche. 
Traumatisée, la jeune femme refuse de porter plainte. Mais son mari, qui détient quelques indices, se met en tête de retrouver le coupable, au point d'en faire une obsession.
À partir de canevas fort simple, Farhadi va disséquer une multitude de thèmes (colère, vengeance, humiliation, honneur, pardon, compassion, etc.) et l'évolution de la dynamique d'un couple face à un traumatisme majeur.
Le client est aussi un examen des moeurs qui ont cours dans son pays - ce n'est pas pour rien qu'il trace un parallèle avec La mort d'un commis voyageur (Arthur Miller), pièce dans laquelle Emad et Rana jouent le soir venu. Le théâtre vient ici servir de miroir à la situation décrite. Une mise en abyme un peu lourde qui sert néanmoins le propos.
Le client n'a peut-être pas la force d'impact d'Une séparation (2011), il n'en demeure pas moins un excellent long métrage dont on ne peut qu'admirer la maîtrise de la mise en scène du réalisateur. Malgré quelques lenteurs, la progression dramatique est impeccable... et implacable, jusqu'au bouleversant paroxysme. La démarche s'apparente au néoréalisme italien, en lumière naturelle et en son ambiant, mais avec une plus grande sophistication dans le propos.
Son drame psychologique démontre une remarquable compréhension des ressorts humains, illustrée par une écriture nuancée et empathique. Mais, surtout, il laisse tout le loisir au spectateur d'y chercher sa propre vérité. Ne nous y trompons pas. Le client a beau se dérouler à Téhéran et nous montrer à quel point la société iranienne est encore empêtrée dans son passé, sa résonance est universelle. C'est toute l'habileté du cinéaste aguerri.
Le chef-d'oeuvre Une séparation a valu à Farhadi l'Oscar du Meilleur film en langue étrangère en 2012. Cinq ans plus tard, l'Iranien fait l'impasse sur la cérémonie en raison de l'incertitude que fait planer le décret anti-immigration de Donald Trump sur sa présence et par solidarité envers ses concitoyens. L'actrice Taraneh Alidoosti a aussi annoncé son absence.
Dans les circonstances, une victoire du Client serait doublement jubilatoire...
Au générique
Cote : ****
Titre : Le client
Genre : drame
Réalisateur : Asghar Farhadi
Acteurs : Shahab Hosseini, Taraneh Alidoosti et Babak Karimi
Classement : général
Durée : 2h05
On aime : la maîtrise de la mise en scène, le scénario brillant, l'impact du film
On n'aime pas : une certaine sécheresse émotive