Dans «L’apparition», un journaliste athée et torturé (Vincent Lindon) enquête sur les affirmations d’une jeune fille fragile (Galatea Bellugi), qui dit avoir reçu un message de la Vierge Marie.

L'apparition: crise de foi **1/2

CRITIQUE / Si le distributeur québécois avait pu, nul doute qu’il aurait programmé la sortie de L’apparition la fin de semaine de Pâques. Le film de Xavier Giannoli, sur une jeune femme qui a eu une vision, s’interroge sur la foi, le doute, la rationalité, mais aussi l’exploitation du religieux auprès des crédules par des hommes sans foi ni loi. Un drame solidement porté par Vincent Lindon, exceptionnel dans la peau d’un journaliste de guerre athée et torturé.

Jacques (Lindon) se remet de peine et de misère du traumatisme de la perte de son ami et collègue lors d’un reportage. Muré chez lui, il reçoit une proposition d’enquête sur une affaire très confidentielle provenant… du Vatican !

Il œuvrera au sein d’un comité d’enquête qui doit déterminer la véracité des affirmations d’Anna (Galatea Bellugi, solide elle aussi). La femme de 18 ans, fragile physiquement et psychologiquement, affirme témoigner d’un message d’amour de la Vierge Marie. Elle se retrouve sous la protection farouche du père Borodine (Patrick d’Assumçao), qui entretient un profond différend théologique avec les autorités ecclésiastiques. Mais dans le village du sud-est de la France où a lieu l’apparition, plusieurs milliers de pèlerins sont déjà assemblés…

Giannoli (Marguerite) est un réalisateur qui excelle dans l’exploration de la psychologie des personnages. Et c’est encore ce qui l’intéresse ici, tout en explorant les questions de dévotion, de croyance et d’apparence.

Il y creuse, entre autres, l’étrange relation qui se développe entre la jeune mystique et le journaliste implacable, qui devient une figure paternelle «objective». La confrontation finale entre les deux est un grand moment de cinéma, d’une intensité rare. Ce qui n’est pas le cas tout au long de L’apparition.

De fait, le cinéaste joue sur les niveaux de lecture, mais il étire indûment son récit. Les longueurs font chuter la tension et l’intérêt. La photographie, souvent magnifique, ne suffit pas.

L’apparition est construit comme un polar. Comme dans toutes les enquêtes, Christophe doit patiemment tenter de débusquer les faits pour lever le voile sur la «vérité». Mystification ou miracle? Les principaux intéressés, Vatican et profiteurs en tête, ne veulent pas réellement savoir. Vrai qu’il est grand le mystère de la foi…

Il est malheureux que le long métrage de Giannoli ne soit pas à la hauteur des attentes qu’il suscite en abordant de façon intelligente et réfléchie la place de foi (et de la spiritualité) dans nos sociétés.

Car si sa démarche semble sincère, on se demande sérieusement où le réalisateur français veut en venir. Pour utiliser une formule éprouvée, le film apporte plus de questions que de réponses.

Soit. Mais on aurait souhaité un peu plus de passion dans la démonstration.

AU GÉNÉRIQUE

Cote: **1/2

Titre: L’apparition

Genre: drame

Réalisateur: Xavier Giannoli

Acteurs: Vincent Lindon, Galatea Bellugi, Patrick d’Assumçao

Classement: général

Durée: 2h17

On aime: l’intense performance de Lindon. Le questionnement sincère sur la foi

On n’aime pas: les longueurs. La démarche brouillonne