François Ozon signe le plus hitchcockien de ses films avec L’amant double, où une femme fragile (Marine Vacth) tombe amoureuse de son psychiatre (Jérémie Renier), qui lui cache l’existence d’un jumeau, lui aussi psy.

L’amant double: un suspense sulfureux ***1/2

CRITIQUE / François Ozon tourne plus vite que son ombre : 17 longs métrages en 19 ans! Il bâcle parfois un peu le travail, mais c’est toujours un véritable plaisir que de le suivre dans son périple cinéphilique qui, la plupart du temps, mélange les genres. Avec le sulfureux L’amant double, il a fait fort, très fort. Tout en tenant sa promesse d’un film très sexuel après son prude, mais magnifique Frantz.

Dès le premier plan, très cru, Ozon met la table. Le cinéaste français aime déstabiliser son spectateur (Dans la maison, Gouttes d’eau sur pierres brûlantes) et jouer de la provocation, un peu enfantine, mais jubilatoire.

Son drame psychologique retors doublé d’un suspense haletant l’a conduit en compétition au Festival de Cannes en mai dernier. En raison de son sujet, mais certainement aussi parce qu’il a réalisé le plus hitchcockien de ses films — qui le sont toujours un peu. Les références sont nombreuses, en particulier au chef-d’œuvre Vertigo (1958). 

Cette maîtrise de la forme, un peu au détriment du fond — le récit ne livre pas toutes ses promesses —, s’avère une éblouissante démonstration de mise en scène inspirée par Marine Vacth.

L’actrice de 26 ans, déjà muse d’Ozon dans Jeune et jolie (2013), incarne Chloé. La jeune femme fragile tombe amoureuse de Paul (Jérémie Renier), son psychiatre plus vieux. Lorsqu’ils emménagent, elle découvre que son amoureux lui cache une partie de son passé qui implique un jumeau renié, Louis, lui aussi psy! Chloé décide d’entreprendre une thérapie avec ce dernier sous une fausse identité — un jeu très dangereux! 

Le réalisateur de Swimming Pool (2003) brasse ses thèmes habituels: le double (et les miroirs), la perversion sexuelle, les désordres psychologiques, le mensonge, le désir, la pulsion de mort... Mais jamais il n’avait autant donné libre cours à son amour du suspense. Avec toute son expérience derrière la caméra, ce véritable cinéphile maîtrise à la perfection les codes pour induire une forte tension avec le montage et la trame sonore obsédante. 

Mais il s’est aussi éclaté avec l’étrange voisine du couple, qu’on verrait bien dans un film de David Lynch, et la fixation de ses personnages sur les chats. Autrement dit, il joue avec le grotesque sans jamais tomber dans le ridicule. 

L’amant double s’avère parfois prévisible, notamment dans le thème galvaudé du dominant/dominé. Et même si Ozon s’est librement inspiré d’un roman de Joyce Carol Oates, il a une grosse dette envers Alter ego (Dead Ringers, 1988), du Canadien David Cronenberg, en moins glauque. 

Le réalisateur est très fidèle à ses acteurs. Pour les jumeaux opposés, il a fait appel à Jérémie Renier (Saint Laurent) pour une troisième fois après Les amants criminels (1999), qui a lancé sa carrière, et Potiche (2010). Le Belge se tire bien d’affaire, assez pour qu’on distingue du premier coup d’œil si on a affaire à Paul ou à Louis, sans toutefois être aussi marquant que Jeremy Irons dans Alter ego

Vacth (Belles familles) s’avère étonnamment solide en femme instable. Cette actrice a quelque chose dans le regard et la dégaine qui va bien au-delà de sa beauté ensorcelante. Ozon la filme avec délectation. Peut-être un peu trop. Mais il a toujours placé le désir et la sexualité à l’avant-plan dans ses longs métrages. On aime ou pas…

AU GÉNÉRIQUE

  • Cote: ***1/2
  • Titre: L’amant double
  • Genre: drame psychologique
  • Réalisateur: François Ozon
  • Acteurs: Marine Vacth, Jérémie Renier 
  • Classement: 16 ans et plus
  • Durée: 1h50
  • On aime: le jeu du double. La virtuosité du réalisateur. Le suspense retors
  • On n’aime pas: un récit qui manque un peu de profondeur