Labrecque, une caméra pour la mémoire est un remarquable travail de synthèse de l’œuvre imposante du cinéaste Jean-Claude Labrecque, modeste fils de Québec.

Labrecque, une caméra pour la mémoire: vivre le cinéma ***1/2

CRITIQUE / Jean-Claude Labecque a passé la moitié de sa vie derrière la caméra. Avec son œil aiguisé, il a inscrit sur la pellicule plusieurs moments marquants de l’histoire contemporaine du Québec. Labrecque, une caméra pour la mémoire, le documentaire que lui consacre Michel La Veaux, vient mettre en lumière le riche héritage visuel que lègue le cinéaste à la postérité. Un film aussi pertinent qu’humain.

Labrecque occupe une place prépondérante au panthéon du cinéma québécois. D’abord comme directeur photo des pionniers du cinéma direct (Brault, Perrault, Groulx…), puis comme réalisateur de premier plan. Le film raconte les débuts de ce modeste fils de Québec, mais ne parle pas tant de l’homme que de son cinéma : «je suis un taiseux», dit-il d’ailleurs.

Michel La Veaux (Le démantèlement), lui-même un directeur photo accompli, a fait un remarquable travail de synthèse de cette œuvre imposante : plus d’une cinquantaine de films. Plutôt que de s’éparpiller, il a choisi une douzaine de longs métrages significatifs et marquants. Toujours avec autant un contexte cinématographique que sociopolitique : les films témoignent de l’évolution de la société québécoise.

La riche mémoire de Labrecque révèle au spectateur d’incroyables évocations de tournage qui n’ont rien d’anecdotiques. Notamment comment il a réussi, pour La visite du général de Gaulle au Québec (1967), à monter dans la voiture de l’ex-président français pendant sa triomphale randonnée vers Montréal.

Le documentaire ne révolutionne rien sur le plan formel. Il suit la forme classique des extraits de films et des entrevues que La Veaux a menées avec Labrecque. Il a, par contre, évité le piège des experts patentés. Et choisi de se concentrer sur le sujet de son film — pas d’entretiens avec les vieux compagnons (tristement presque tous morts, de toute façon) ou des émules du style. L’hommage que lui rend La Veaux suffit amplement. 

Le corpus est trop large pour qu’on rogne sur les extraits. Ceux qui ne connaissent Labrecque ni de Brault ni de Poirier peuvent ainsi découvrir la beauté esthétique de certains moments particulièrement significatifs de l’œuvre du cinéaste.

Michel La Veaux a d’ailleurs pris soin d’en recréer quelques-uns, avec beaucoup de bonheur. Comme cette séquence 360 degrés du relais 4 x 100 mètres aux Jeux olympiques de Montréal. La caméra tourne autour de Labrecque avant de s’arrêter près de lui, qui regarde la diffusion de l’extrait de Jeux de la XXIe Olympiade (1977) sur l’écran géant du stade olympique! Très fort.

C’est ce qui caractérise ce film sans prétention. Cette volonté de faire du cinéma, en privilégiant le mouvement de la caméra et une mise en scène simple et efficace.

La Veaux voue une admiration sincère à Labrecque. Le ton est empreint d’une candeur bon enfant et d’une réelle complicité, ce qui évite de tomber dans le panégyrique. 

Jean-Claude Labrecque a consacré sa vie à tourner des films sur le Québec pour les Québécois alors que son talent indéniable aurait pu l’amener ailleurs. «J’ai fait beaucoup de cinéma qui écoute.» Même chose avec ce bel hommage qui lui rend justice. 

Michel La Veaux sera présent au cinéma Cartier, samedi, pour la représentation de 19h afin de participer à une ciné-rencontre.

AU GÉNÉRIQUE

  • Cote: ***1/2
  • Titre: Labrecque, une caméra pour la mémoire
  • Genre: documentaire
  • Réalisateur: Michel La Veaux
  • Classement: général
  • Durée: 1h30
  • On aime: la forme retenue. L’hommage sincère. Les images d’archives de Québec
  • On n’aime pas: