Récit de la réunion de deux frères et une sœur au chevet de leur père, La villa dépeint en lumière naturelle et dans un décor fabuleux le portrait d’un passé révolu, mais pas encore disparu.

La villa: l’espoir, tel un phénix ***1/2

CRITIQUE / L’amorce de «La villa» puise à une réalité implacable: deux frères et une sœur au chevet de leur père. Une réunion qui va les amener à remonter le fil du temps, d’abord avec mélancolie, puis avec un ressac, celui de la tragédie familiale qui les a dispersés. Mais l’espoir, tel un phénix, va renaître de façon inattendue. Robert Guédiguian signe un superbe drame intimiste, qui se distingue autant par sa profonde humanité que sa réflexion sur l’inexorable déclin qui guette chacun d’entre nous.

Comme d’habitude, le réalisateur de Marius et Jeannette a campé le récit à un jet de pierre de Marseille, dans un petit village attenant. Où les lieux, peuplés de familles animées par un idéal communautaire, ont cédé la place aux spéculateurs et aux villas aux volets clos pendant la morte saison.

Sur sa terrasse face à la Méditerranée, Maurice (Fred Ulysse) murmure «tant pis» avant de faire une attaque. Armand (Gérard Meylan), qui tente de perpétuer la tradition et est resté fidèle aux idéaux égalitaires paternels, rapaille Joseph (Jean-Pierre Darroussin) et Angèle (Ariane Ascaride). Son frère est un prof râleur à la retraite, sa sœur, une actrice hantée par la mort accidentelle de sa fille qui n’a jamais remis les pieds au domicile familial.

Sur ce canevas, Guédiguian peint, en lumière naturelle et son ambiant dans un décor fabuleux, le portrait d’un passé révolu, mais pas encore disparu. Il amène le spectateur à réfléchir sur les classes sociales, le soi-disant progrès et l’embourgeoisement. Mais aussi sur la solitude et les sentiments qui sont au cœur des relations humaines.

Il distille, bien sûr, une dose de mélancolie. Mais cette méditation sur les affronts du temps va être interrompue par une arrivée intempestive qui les force à s’arracher au passé pour regarder vers l’avenir. Une forme de catharsis, quoi.

En 20 longs métrages, Guédiguian a tourné 16 fois avec Darroussin et 19 fois avec sa femme et muse, Ariane Ascaride. Cette complicité s’impose à l’écran. Dans les petits gestes des acteurs, dans le regard attentif du réalisateur. Ils sont d’un naturel désarmant.

Alors, oui, on y croit à cette fratrie déboussolée qui, peu à peu, va retrouver le cap. Grâce à ces migrants qui vont débarquer dans leur calanque, microcosme de l’Europe. La métaphore est évidente: ici, ceux qui s’en vont sur le déclin accueillent ceux qui incarnent l’avenir.

C’est toute la force de La villa. Sur un scénario d’abord fort simple, Guédiguian invite le spectateur à la réflexion, notamment sur la mort et la résilience. Pas seulement au sein des Barberini. Il y a autour de la famille des personnages secondaires très forts et incarnés.

Avec toute son expérience, le cinéaste démontre discrètement son savoir-faire, celui d’une réalisation assurée et parfaitement maîtrisée. Un film fait avec cœur qui s’adresse au cœur de celui qui le reçoit.

AU GÉNÉRIQUE

Cote: ***1/2

Titre: La villa

Genre: drame

Réalisateur: Robert Guédiguian

Acteurs: Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan

Classement: général

Durée: 1h47

On aime: la beauté du fond et de la forme. La réalisation maîtrisée. La talent de toute l’équipe

On n’aime pas: