Momo (Ibrahima Gueye) et Madame Rosa (Sophia Loren) dans une rue de Bari, en Italie.
Momo (Ibrahima Gueye) et Madame Rosa (Sophia Loren) dans une rue de Bari, en Italie.

La vie devant soi : Une bonne relecture actuelle *** 1/2 [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Quel intérêt si on propose une nouvelle adaptation de refaire à l’identique ? Heureusement, Edoardo Ponti a évité ce piège béant avec La vie devant soi (La vita davanti a sé), dans lequel il dirige l’iconique Sophia Loren (sa mère). L’Italienne y compose une formidable Madame Rosa.

Contrairement à Simone Signoret, qui avait décroché le César de la meilleure actrice dans la version oscarisé de Moshé Mizrahi en 1977, Sophia Loren n’a pas eu besoin de se vieillir pour interpréter la prostituée à la retraite.

La Juive, qui a connu les camps de concentration, s’occupe d’un garçon abandonné (Iosif) et prend aussi soin de Babu quand Lola (Abril Zamore) travaille. Jusqu’à ce que son docteur lui demande de recueillir Momo (Ibrahima Gueye), un musulman du Sénégal. Elle se rebiffe : le garçon de 12 ans vient tout juste de la dévaliser dans la rue ! Il lui faut de la discipline et de l’affection, plaide le Dr Coen (Renato Carpentieri).

J’ai assez donné, se défend Madame Rosa, avant de céder. Pas besoin d’avoir lu le Goncourt 1975 de Romain Gary, sous le pseudonyme d’Émile Ajar, pour comprendre que ces deux-là vont s’apprivoiser et se lier.

Ponti (Cœurs inconnus) et son coscénariste Ugo Chiti ont déplacé l’action de Paris à Bari, petite ville des Pouilles italiennes, sans coup férir. Dans le quartier multiethnique, tous se côtoient , sans barrières de langue et de religion.

Le cas extrême étant représenté par Momo et Madame Rosa qui noue, peu à peu, une relation bien particulière et s’échange les rôles au fil du récit. Alors que la vieille femme offre d’abord au garçon gite et réconfort, avec une bonne dose de tough love, Momo prendra ensuite soin d’elle lorsque les absences de la dame se feront plus fréquentes...

Cette relecture intègre des éléments bien contemporains. Bien sûr, il y a le fait que Lola affiche sa transidentité avec fierté (elle est respectée par tous parce que c’est un ancien champion de boxe, commente, amusé, Momo). D’autres exemples abondent, comme cette scène où des migrants sont arrêtés par les carabiniers, sous le regard du garçon et de Madame Rosa.

Madame Rosa et sa voisine Lola (Abril Zamore), un ancien champion de boxe.

Mais Ponti le réalise sans trahir l’essence du roman, soit le besoin d’amour maternel des enfants «adoptifs» de la vieille dame et la volonté de celle-ci de mourir dans la dignité en refusant qu’on la maintienne artificiellement en vie à l’hôpital.

Le réalisateur a adopté le point de vue du garçon (le narrateur dans le roman), qui sous ses allures de petit caïd (il vend de la drogue) cache ses blessures. Ibrahima Gueye, qui joue avec beaucoup de naturel, réussit à nous le rendre attachant, considérablement aidé par son sourire éclatant.

À 86 ans, Sophia Loren a encore une présence magnétique à l’écran. Soyons reconnaissants à son fils de lui avoir offert ce grand rôle et de ne pas avoir cédé à la tentation du mélo.

Le destin de Momo et de Madame Rosa contient assez d’éléments dramatiques sans qu’on en rajoute une couche.

Cette nouvelle version ne gagnera pas l’Oscar du meilleur film étranger, mais elle s’avère néanmoins une réussite.

La vie devant soi est présenté sur Neflix

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : La vie devant soi

Genre : Drame

Réalisateur : Edoardo Ponti

Acteurs : Sophia Loren, Ibrahima Gueye, Abril Zamora

Durée : 2h03