La maison turinoise Bolaffi proposait 54 objets conservés par Emilio D’Alessandro, un Italien qui fut pendant près de 30 ans l’assistant personnel de Stanley Kubrick.

La veste de Nicholson dans «Shining» vendue 28 000$

TURIN — La veste de Jack Nicholson dans «Shining» est partie pour plus de 28 000$, mais la montre et le pardessus de Tom Cruise dans «Les yeux grands fermés» (Eyes Wide Shut)n’ont pas trouvé preneur : une vente aux enchères d’accessoires de tournage de films de Stanley Kubrick a connu un succès mitigé, mardi, à Turin.

La maison turinoise Bolaffi proposait 54 lots: objets, vêtements, affiches, notes manuscrites et bobines précieusement conservés par Emilio D’Alessandro, un Italien de 76 ans qui fut pendant près de 30 ans l’assistant personnel du cinéaste américain décédé en 1999. Une trentaine ont été vendus.

«C’est l’histoire d’un jeune Italien, qui au début des années 70, quitta son pays pour chercher fortune», raconte le journaliste Federico Buffa, qui a interviewé M. D’Alessandro pour la maison Bolaffi. Il voulait devenir pilote automobile, il s’est retrouvé «chauffeur, puis factotum et finalement l’ami et le confident d’un génie du XXe siècle.»

La pièce la plus convoitée a été la veste de velours et coton bordeaux portée par Jack Nicholson, alias Jack Torrance, dans l’angoissant Shining (1980). «Il suffisait que Jack [Nicholson] mette cette veste que lui avait acheté Milena Canonero [la costumière italienne quatre fois oscarisée], une touche de maquillage, une mèche ajustée et voilà qu’apparaissait Jack Torrance», raconte Emilio D’Alessandro dans son livre de souvenirs Stanley Kubrick et moi (2012).

Ce rôle, où le personnage de Jack Nicholson sombre lentement dans la folie dans un hôtel désert au cœur d’un Colorado lugubre et enneigé, est l’un des plus emblématiques de la carrière de l’acteur américain.

Un lot de porte-clés de l’hôtel s’est vendu 3300 $, des tapis du décor sont partis pour 20 000 $. D’une manière générale, les décors ont plu: une table de Barry Lyndon (1975) a atteint 3300$, un tableau vu dans Les yeux grand fermés (1999) quelque 8000 $.

En revanche, les costumes ont déçu. La veste militaire portée par Stanley Kubrick sur le tournage de Full Metal Jacket (1987) n’a pas trouvé preneur, pas plus que le chapeau de feutre du Sergent Hartmann dans le même film, ou encore la sacoche de toile utilisée par le maître pour transporter son appareil photo.

Se promener avec un phallus géant

Des fans de Kubrick ont en revanche trouvé leur bonheur avec le clap des Yeux grand fermés, des affiches de films (2001 — Odyssée de l’espace, Spartacus ou Lolita...), des notes manuscrites du cinéaste ou encore des fragments de pellicules de plusieurs films.

«Si je n’avais pas gardé ces objets, ils auraient tous été détruits. Alors Stanley me demandait : ‘‘Si tu as besoin de quelque chose pour chez toi, emporte-le’’», explique Emilio D’Alessandro, qui a couru sur les circuits au côté des pilotes James Hunt et Emerson Fittipaldi.

Revenu vivre dans sa ville natale de Cassino, au sud de Rome, il se souvient de sa première mission en tant que chauffeur pour Kubrick : il a dû «transporter d’un bout à l’autre de Londres un phallus géant» pour le tournage du subversif Orange mécanique.

Il raconte aussi avoir rapporté en Italie des caisses utilisées sur Full Metal Jacket et qui servent aujourd’hui de cages à lapins chez des personnes «qui n’ont aucune idée de leur premier usage».