Grand prix du jury de la section Un certain regard à Cannes, le petit bijou d'animation qu'est La tortue rouge invite à la contemplation.

La tortue rouge: vagues d'amour ****

CRITIQUE / Grosse semaine pour Michael Dudok de Wit et sa Tortue rouge. Le réalisateur a appris que son magnifique long métrage a été retenu dans la catégorie du meilleur film d'animation aux Oscars et aux Césars! Des coups de chapeau tout à fait mérités pour cette oeuvre allégorique pleine d'humanisme sur les grandes étapes de la vie.
Ce n'est pas la première fois que Michael Dudok de Wit retient l'attention de l'Académie. Son court métrage Père et fille (2000) a remporté l'Oscar et ouvert la porte à une collaboration avec le mythique studio Ghibli, La Mecque de l'animation.
La tortue rouge a ensuite longuement mûri sous les soins du réalisateur néerlandais. À partir d'une idée toute simple - un naufragé se retrouve sur une île déserte d'un océan indéterminé -, il a élaboré une belle fable sur la solitude, l'amour, la filiation, la transmission et la mort. Le grand cycle, quoi!
Notre Robinson Crusoé nouveau genre ne reste pas les bras croisés. Mu par son instinct de survie, il construit un radeau pour partir. Mais chaque fois qu'il prend la mer, son frêle esquif se disloque. Comme Sisyphe, il persiste. Tout en luttant pour ne pas perdre la raison - il y a de superbes séquences oniriques.
Jusqu'à ce qu'il découvre la cause de son malheur : une immense tortue rouge... Lorsqu'un jour celle-ci s'avance sur la plage, il la tourne sur le dos. À son réveil, la créature s'est métamorphosée... en femme avec une abondante chevelure rouge! 
Notre homme va prendre soin de la femme-tortue, lentement l'apprivoiser, tomber amoureux, fonder une famille et puis vieillir. Cette touche de réalisme magique demande un petit acte de foi, mais pour peu que le spectateur veuille bien laisser de côté sa rationalité et accueillir cette licence poétique, il sera comblé.
Parce que Michael Dudok de Wit a soigné ses images et le ton de son film (qu'il cosigne avec la réalisatrice française Pascale Ferran). Avec des couleurs chaudes, il a porté une attention particulière à la lumière et aux ombres. L'ensemble est réaliste, tout en magnifiant la beauté et les mystères de la nature - la séquence du tsunami frappe l'imagination autant sinon plus que les images de la puissance destructrice des immenses vagues.
La tortue rouge repose sur un choix audacieux : l'absence de dialogues. Bien qu'il y ait des onomatopées et des cris, le film est sans paroles - la musique joue donc un rôle prépondérant. Un illustrateur de la trempe de Dudok de Wit démontre à merveille qu'une image vaut mille mots! Il s'en sert d'ailleurs pour insérer des touches d'humour cartoonesques, notamment avec l'utilisation d'un quatuor de petits crabes qui apparaissent aux moments les plus inattendus.
On ne s'ennuie pas une seconde tellement l'oeil est sollicité, même si le long métrage évite les clichés de carte postale. Le réalisateur fait aussi un usage judicieux d'ellipses pour faire progresser le récit et éviter qu'il s'enlise sur le sable de la plage. 
Grand prix du jury de la section Un certain regard à Cannes, ce petit bijou d'animation aux images lumineuses invite à la contemplation. Et l'espace du 80 minutes qui passe comme l'éclair, une vie a défilé devant nos yeux, qui ont contemplé l'inéluctable passage du temps. Mais aussi une certaine idée du bonheur intérieur grâce au talent de Michael Dudok de Wit.
Au générique
Cote: ****
Titre: La tortue rouge
Genre: animation
Réalisateur: Michael Dudok de Wit
Classement: général
Durée: 1h20
On aime: un bijou d'animation, la métaphore sur la vie, la grande imagination
On n'aime pas: -