Lorenzo (fabuleux Renato Carpentieri) est un avocat célèbre tombé en disgrâce prend sous son aile la famille de son voisin Fabio (Elio Germano) dans «La tendresse»..

«La tendresse» ou une vie reniée ***1/2

CRITIQUE / L’envahissement de nos écrans par les divertissements hollywoodiens fait en sorte que plusieurs cinématographies ont une fenêtre de plus en plus restreinte. Dont les films italiens, un cinéma humaniste pourtant proche de ce qui se fait ici. C’est pourquoi il faut applaudir et apprécier la présentation de «La tendresse» («La Tenerezza») du grand Gianni Amelio.

Le réalisateur de Mon frère (Lion d’or à la Mostra de 1998) n’a pas la renommée ici d’un Moretti ou d’un Sorrentino, mais sa carrière est marquée de plusieurs faits d’armes. En 1990, Portes ouvertes représente son pays aux Oscars. En 1992, il remporte le Grand Prix à Cannes pour Les enfants volés. Etc.

Son 11e long métrage, une adaptation de La tentation d’être heureux de Lorenzo Marone (2015), recoupe des thèmes récurrents de son œuvre. Les conflits père-fils, déjà présents dans Droit au cœur (1982) son premier long avec Jean-Louis Trintignant, ou encore la place de l’immigré dans la société occidentale, à qui il a consacré Lamerica (1994, Prix de la mise en scène à Venise).

Mais dans ce film, il évoque surtout les douleurs d’un homme qui a renié sa vie. Lorenzo (fabuleux Renato Carpentieri) est un avocat célèbre tombé en disgrâce qui a la mort de sa femme sur la conscience et ignore ses deux enfants, malgré les efforts de sa fille Elena (Giovanna Mezzogiorno) pour recoller les morceaux.

Puis, Michela (Micaela Ramazzotti), Fabio (Elio Germano) et leurs deux enfants s’installent dans l’appartement d’en face, à Naples. Le vieil aigri leur accorde toute son attention, passant beaucoup de temps avec la jeune femme extravertie et tentant de comprendre son tourmenté compagnon. Jusqu’à ce qu’un terrible drame surgisse. Et que Lorenzo doive se résoudre à poser une bonne action.

Amelio trace un portrait doux-amer, qui révèle les blessures du passé, toujours à vif. Mais il repousse la tentation du mélodrame larmoyant, préférant montrer ses personnages tels qu’ils sont, avec leurs qualités et, surtout, leurs nombreuses failles.

La tendresse est un drame douloureux que la réalisation toute en retenue du vétéran metteur en scène accompagne avec bienveillance. Une musique discrète mais sentie de Franco Piersanti, une caméra souvent en retrait dans les moments plus difficiles et, surtout, une habileté à capter les regards de ses acteurs lorsque s’expriment leurs tourments.

Le cinéaste a surtout su ne pas lever entièrement le voile sur les motifs des actions et des rancœurs qui animent les personnages, laissant le soin au spectateur de relier les points de la trame.

Un film aussi intelligent que sensible, qui a remporté les palmes du meilleur film, réalisateur, acteur et de la photo décernées par la critique italienne. Avec raison.

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***1/2

• Titre: La tendresse

• Genre: drame

• Réalisateur: Gianni Amelio

• Acteurs: Renato Carpentieri, Micaela Ramazzotti, Elio Germano, Giovanna Mezzogiorno

• Classement: général

• Durée: 1h43

• On aime: la réalisation retenue. La direction d’acteurs. Les thèmes abordés

• On n’aime pas: