Pendant quatre ans, le documentariste Carlo Guillermo Proto a braqué sa caméra sur Lauviah, Peggy et Denis, une famille d'aveugles qui n'arrive pas à se remettre de la mort tragique du fils, Hassan, et se mettent en tête de le ressusciter.

La résurrection d'Hassan: voyage dans une autre dimension ***1/2

CRITIQUE / La résurrection d'Hassan (Resurrecting Hassan) prend l'affiche déjà bardé de prix et après un passage remarqué au Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ), où le documentaire était en compétition. Le déroutant long métrage de Carlo Guillermo Proto est une oeuvre puissante et troublante, un voyage dans une autre dimension avec une famille si loin, mais si proche de nous...
Denis, Peggy et leur fille Lauviah sont aveugles. Mais ce n'est pas tant leur handicap qui les trouble que la mort tragique de leur fils. Hassan s'est noyé à six ans, en 2002, alors qu'il participait à une sortie avec son camp de jour. Le trio est hanté par ce décès et les parents se mettent en tête de le ressusciter...
Pendant quatre ans, le réalisateur québécois d'origine chilienne a braqué son objectif sur le trio. Il les a filmés dans leur quotidien, dans leurs moments les plus intimes, mais aussi dans le métro où ils chantent a cappella en échange de la générosité des passants - magnifiquement, la version de My Body Is a Cage d'Arcade Fire par Denis donne le frisson.
Cette proximité malaisante, à la limite du voyeurisme, permet au cinéaste de révéler les grandes tensions dans le couple, de forts caractères qui s'expriment parfois avec éclat. Reste que c'est évidemment les séances ésotériques qui demeurent les plus marquantes.
Sous l'influence de Grigori Petrovich Grabovoï, un guérisseur russe professant la régénération des organes et la résurrection des morts, le duo se met en tête de ramener Hassan à la vie. Denis et Peggy sont des gens intelligents, pas des illuminés, qui décident d'y croire.
Jamais Carlo Guillermo Proto ne porte de jugement sur ses personnages - ils en sont -, tout en montrant leur joie de vivre, malgré tout. La mise en place est toutefois un peu longue, il faut une certaine patience pour apprivoiser Denis, Peggy et Lauviah, et on se demande longtemps où le réalisateur veut en venir.
Une fois passée la distance, la ligne narrative se dévoile peu à peu, avec un arc dramatique semblable à celui d'une oeuvre de fiction. La résurrection d'Hassan prend une tournure plus déstabilisante dès lors qu'elle devient plus ancrée dans des émotions puissantes auxquelles tout le monde peut s'identifier.
Ce documentaire n'a rien d'un freak show. Il s'agit d'une ode à la différence et au respect, filmé avec beaucoup d'humanisme. Un vrai documentaire aussi, pas un reportage long sans véritable perspective. Et une fin ouverte déstabilisante. 
C'est sans doute pourquoi le film a remporté le Grand Prix de la compétition nationale et le Prix des étudiants aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal 2016 (RIDM) ainsi que celui du Meilleur long métrage documentaire canadien à Hot Docs 2017, à Toronto. El Huaso, le film précédent de Carlo Guillermo Proto, a obtenu deux prix au FCVQ en 2012. 
La résurrection d'Hassan poursuit son périple dans de nombreux festivals, mais nous avons la chance de le voir sur grand écran maintenant.
AU GÉNÉRIQUE
Cote: ***1/2
Titre: La résurrection d'Hassan
Genre: documentaire
Réalisateur: Carlo Guillermo Proto
Classement: général
Durée: 1h40
On aime: l'originalité du sujet, la proximité, la réalisation sans jugement
On n'aime pas: une longue mise en place