Christine (Malin Buska, à droite), reine vierge, disciple de Descartes et amoureuse des arts et des livres rares, nourrit une passion dévorante pour sa dame de compagnie (Sarah Gadon).

La reine-garçon: juguler les passions **1/2

CRITIQUE / La vie de Christine (ou Kristina) de Suède a tout ce qu'il faut pour engendrer un film où les passions dévorantes, les intrigues du pouvoir et le choc des idées tiennent le spectateur intéressé et en haleine. Le film La reine-garçon, jugulé par une réalisation pudique et syncopée, nous laisse toutefois sur notre faim.
Étrange objet que celui dont a accouché le réalisateur finlandais Mika Kaurismäki (Brothers, The Road North). L'agencement abrupt des scènes, l'absence de souffle et la pudeur qui enveloppe le film donnent à penser que la coproduction entre le Canada, la Finlande, l'Allemagne, la Suède et la France l'a contraint à accumuler les compromis et les coupures. 
On comprend que Michel Marc Bouchard, qui signe le scénario, ait ressenti le besoin de remettre le sujet à sa main dans la pièce de théâtre Christine, la reine-garçon, où il a pu agencer les scènes et déployer sa prose comme bon il l'entendait. Il demeure heureusement quelques bribes de sa poésie inspirée dans le scénario final, mais on aurait espéré davantage de folie et de liberté dans l'ensemble de la proposition.
Reine vierge, disciple de Descartes et amoureuse des arts et des livres rares, celle qu'on a surnommée «La Minerve du Nord» est incarnée par la sombre et vive Malin Buska, qui n'a rien à voir avec la Céline Bonnier bossue et hargneuse de la version théâtrale. Sa dame de compagnie, pour qui elle nourrit une passion dévorante, a les traits de Sarah Gadon. 
Les personnages masculins qui butinent autour d'elles et tentent de gagner la main de la reine sont tous animés par le même désespoir frustré (et pourvus de perruques raides comme de la paille).
On éprouve malheureusement peu d'empathie pour les personnages qui se démènent dans une intrigue politique maladroitement racontée, qui aurait pourtant pu être haletante. 
L'enfance de la souveraine (entre une mère folle, un cadavre et des habits de garçon) a un bon potentiel dramatique, mais cède rapidement la place aux tiraillements philosophiques et émotifs de l'âge adulte, qui auraient pu être traités avec davantage de fougue et d'excentricité.
Au générique
Cote:  ** 1/2
Titre: La reine-garçon
Genre: drame historique
Réalisateur: Mika Kaurismäki
Classement: général
Durée: 1h46
On aime: la singularité de l'histoire de Kristina, les bribes de poésie dans le texte de Michel Marc Bouchard
On n'aime pas: le montage parfois abrupt, la tiédeur de la réalisation, le peu d'empathie que suscitent les personnages