Fernand Dansereau n’a pas voulu traiter de l’aide médicale à mourir dans son documentaire. «Les gens qui y ont recours ne cherchent plus la sérénité, ils ont renoncé à vivre. Mon sujet à moi, c’était comment continuer à vivre de façon relativement sereine malgré toutes les épreuves que le vieillissement nous impose.» PHOTO fournie par Fernand Dansereau

La quête de sérénité de Fernand Dansereau

À 91 ans, miné par la maladie, Fernand Dansereau a choisi de consacrer le temps qu’il lui reste à une réflexion sur le sens à donner à la vieillesse. Avec ce qu’il considère comme son «film testament», Le vieil âge et l’espérance, le réalisateur souhaite apporter un peu de sérénité dans cette période de déclin inéluctable redoutée par tous ceux qui avancent en âge.

«Je me sers du cinéma pour essayer de répondre aux questions que la vie m’apporte à mesure que je vieillis. Comme beaucoup de personnes âgées, je réfléchis sur ma propre vie. Je passe beaucoup de temps dans ma mémoire, à essayer de comprendre ce que j’ai vécu. C’est un processus comme naturel», avoue-t-il en entrevue téléphonique depuis son domicile montréalais.

Le cinéaste l’avoue sans détour, le tournage de cet ultime documentaire, dernier opus d’un triptyque amorcé avec Le vieil âge et le rire (2011) et L’érotisme et le vieil âge (2017), n’a pas nécessairement fait de lui un chantre de la sérénité, un mot qui s’exprime chez lui de façon contradictoire.

«D’après moi, plus on la cherche, moins on la trouve. Mais au plan intellectuel, j’ai trouvé une certaine sérénité. Je sais comment je me place dans l’univers. Je suis serein face à mon départ éventuel. Mais s’il y a une sérénité que je n’ai pas acquis, c’est celle face à la maladie et à la douleur. Elle m’apparaît comme une quête d’illusions.»

Pour lui, la foi n’est pas nécessairement la solution permettant de mieux affronter la fin de l’existence. «Ce n’est pas ça qui apporte la sérénité, c’est plutôt le regard qu’on porte sur notre propre vie, et surtout l’amour qu’on arrive à exprimer et à recevoir.»

Dans son documentaire, Fernand Dansereau donne la parole à des gériatres, des gérontologues, des psychologues et des philosophes, mais aussi à des amis qui doivent composer avec la mort, la leur ou celle d’un proche. Le cinéaste s’entretient également avec des collègues qui, comme lui, avancent en âge. Autour d’une table, rassemblés pour un repas, on retrouve les Denys Arcand (77 ans), Jean-Claude Labrecque (80 ans), Jean Beaudin (80 ans) et Marcel Sabourin (84 ans).

«Personne ne trouve ça facile vieillir, c’est pénible, confie Arcand, mais l’autre choix c’est de mourir, alors on continue...»

Fernard Dansereau en compagnie d’un ancien collègue cinéaste, Martin Duckworth. Photo tirée du Vieil âge et l’espérance.

Enfant de son époque

Quand il jette un regard dans le rétroviseur, Fernand Dansereau dit n’éprouver aucun regret. Pionnier du cinéma direct à l’Office national du film, avec les Perrault, Brault et Groulx, auteur de téléroman (Le parc des Braves), de long-métrages (La brunante) et d’une longue liste de documentaires, le père de sept enfants remercie la providence d’avoir joui d’une vie aussi si bien remplie.

«Quand j’avais 35 ans je rêvais d’être le Bergman du Canada. Je ne peux pas dire que j’ai réussi (rires). J’ai beaucoup fait un cinéma centré sur l’autre, sur le collectif. Je crois que j’ai eu une carrière de cinéaste utile et j’en suis plutôt fier. J’ai adoré mon métier, il m’a toujours permis de fouiller ce qui m’intéressait. Pas un seul film que j’ai tourné était un film obligé. De ce point de vue là, j’ai été exceptionnellement chanceux.»

Il revient sur son divorce, une épreuve douloureuse avec laquelle il a appris à faire la paix. «J’ai passé un bon bout de temps à recadrer des événements de ma vie, à essayer de bien comprendre. J’ai compris récemment les fondements réels de mon divorce. Je n’ai pas besoin de me pardonner, j’étais un enfant de mon époque. La Révolution tranquille a apporté son lot de bouleversements. J’ai fait ce que j’ai pu avec ce que j’avais. Je le vois beaucoup plus clairement aujourd’hui. Quand on le comprend, ça apaise.»

Apprendre tous les jours

Pour le reste, Fernand Dansereau vit au jour le jour, lui qui a beaucoup fréquenté les cabinets de médecin et les hôpitaux ces dernières années en raison de trois cancers et de troubles cardiaques. «J’étais en parfaite santé jusqu’à 87 ans. Je faisais encore du ski alpin. Tout à coup les problèmes sont arrivés les uns après les autres. Finalement, j’ai l’air de m’en sortir...»

Le poète italien Arturo Graf a dit que «la vieillesse commence au moment où une personne a perdu sa capacité d’apprendre». Fernand Dansereau met cette pensée en pratique quotidiennement. «Je suis très excitée par la vie. Je n’ai jamais autant appris que ces années-ci. C’est une période de questionnement et de recherches très intense.»

«Le matin, quand je me lève, je me demande ce que je peux créer aujourd’hui, quel geste d’amitié je pourrais poser, qu’est-ce que je peux apprendre. Je me donne des objectifs très modestes. Ça illumine ma journée et donne un sens à ma douleur.»

Le vieil âge et l’espérance prend l’affiche le 26 avril.