Anthony Bajon crève l’écran en jeune toxicomane qui tente de s’en sortir. Son interprétation lui a valu l’Ours d’argent du meilleur acteur au festival du film de Berlin.

«La prière»: le grand mystère de la foi ***1/2

CRITIQUE / D’un sujet maintes fois exploré au cinéma — la cure d’un jeune héroïnomane —, Cédric Kahn a amené son très beau film dans une tout autre dimension en explorant la foi comme exercice de rédemption. «La prière» est un drame psychologique exigeant et sobre, mais d’une intelligence et d’une sensibilité rares. Et il est porté par l’extraordinaire interprétation de son acteur principal.

La prière débute avec l’arrivée de Thomas (Anthony Bajon) dans une communauté d’ex-accros. Le visage couvert d’ecchymoses, il adresse un regard perdu au spectateur. Le toxicomane de 22 ans a fait une overdose et souhaite s’en sortir.

Mais la thérapie par la prière et le travail en montagne ne se passe pas sans heurts. On comprend rapidement que le mal-être du jeune homme est responsable de ses comportements agressifs, même si le mot d’ordre au sein du groupe est «pas de jugement». Révolté, Thomas quitte le centre. Il descend au village où il est accueilli par un couple. La rencontre avec Sybille (Louise Grinberg), leur fille unique, va changer le cours de sa vie lorsqu’elle le convainc de retourner à la retraite...

En centrant son film sur Thomas, le réalisateur de Roberto Succo (2001) et d’Une vie meilleure (2011) a pris un gros risque. Mais le naturel d’Anthony Bajon crève l’écran. Son interprétation d’un naturel confondant lui a d’ailleurs valu l’Ours d’argent du meilleur acteur à Berlin. Pas mal pour un acteur de 23 ans qui avait surtout eu de petits rôles, dans Rodin, notamment.

La plus grande force de La prière est que son réalisateur ne porte pas de jugement. Tant sur ses personnages que sur la foi. Pas besoin d’être croyant pour en apprécier sa juste exploration, plus naturaliste que mystique, de ce qui constitue le corps du christianisme — Kahn, qui se décrit comme un agnostique, est de confession juive...

Il en résulte une distance dans cette approche chère aux Dardenne, par exemple, qui permet au spectateur de se forger sa propre opinion non seulement par rapport à la religion, mais aussi ses rituels.

Sur le plan de la mise en scène, on peut d’ailleurs reprocher d’avoir un peu abusé des prières et des chants, qui deviennent redondants sans faire progresser le récit. Et la musique d’inspiration religieuse est parfois envahissante.

Sauf que la précision et la justesse de la réalisation l’emportent largement sur ces petits désagréments. Utilisant des cadres fixes larges et des plans souvent longs, le réalisateur français laisse respirer son récit, magnifié par le splendide cadre naturel, en pleine montagne (à une heure de Grenoble). Il joue avec beaucoup d’habileté des ellipses.

Il faut aussi admirer son doigté dans le traitement de thèmes confrontants, notamment dans les témoignages d’ex-accros, et sa façon de préserver le mystère. On ne saura rien du mal qui habite Thomas.

L’ex-drogué est rempli d’ambiguïtés (ses doutes sont mis à l’épreuve par une religieuse, interprétée avec beaucoup de grâce par la mythique égérie de Fassbinder, Hannah Schygulla).

Le spectateur va s’interroger sur le sens de sa démarche, jusqu’à la toute fin...

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***1/2

• Titre: La prière

• Genre: drame psychologique

• Réalisateur: Cédric Kahn

• Acteurs: Anthony Bajon, Louise Grinberg, Damien Chapelle

• Classement: général

• Durée: 1h47

• On aime: le doigté de la réalisation. Les thèmes abordés. Le naturel des interprètes

• On n’aime pas: un petit abus de bondieuseries