Le cinéaste polonais Andrzej Wajda, en 2006 au Festival de Berlin.

La Pologne pleure Andrzej Wajda

La Pologne de l'art et de la politique rendait un hommage vibrant lundi à Andrzej Wajda dont la mort la veille à l'âge de 90 ans a plongé dans le deuil le cinéma polonais dont il était le maître incontesté.
«Nous sommes tous de chez Wajda. Nous regardions la Pologne, et nous-mêmes, à travers lui. Et la comprenions mieux ainsi. Désormais, ce sera plus difficile», a regretté sur son compte Twitter Donald Tusk, le président du Conseil européen et ancien Premier ministre polonais.
Depuis son deuxième long-métrage Kanal (Ils aimaient la vie), primé à Cannes en 1957, jusqu'à Powidoki (Après-images, 2016), candidat polonais au prochain Oscar du film étranger, Wajda a raconté aux Polonais - et au monde entier - leur histoire, ses pages sombres comme ses moments lumineux, le plus souvent inextricablement emmêlés.
«Un grand personnage, un grand Polonais, un grand patriote et un grand réalisateur est passé dans l'éternité», a déploré Lech Walesa, le leader historique du syndicat Solidarité et Prix Nobel de la paix.
«Chaque fois que nous nous voyions il disait des choses de grande sagesse», a souligné à l'AFP l'ancien président qui est apparu en personne dans le film l'Homme de fer inspiré par la naissance de Solidarité et couronné par la Palme d'or à Cannes en 1981.
Wajda a consacré plus tard à Walesa un long métrage entier, l'Homme d'espoir (2013).
«Nous allons nous revoir bientôt, j'ai déjà fait mes bagages», a ajouté Lech Walesa devant plusieurs journalistes, sans expliquer ses propos.
L'École de cinéma de Lodz, qui compte parmi ses diplômés tous les grands noms du 7e art en Pologne, dont Wajda, a mis lundi des drapeaux noirs sur son entrée.
«Ce fut un homme de courage, d'une grande autorité, un maître pour les jeunes», a souligné le comédien Daniel Olbrychski qui a joué dans 13 films de Wajda.
«Il nous parlait de nos petitesses et de nos grandeurs, droit dans les yeux, sans emprunter des détours du mensonge», a-t-il souligné.
Krzysztof Piesiewicz, scénariste de Krzysztof Kieslowski, a rappelé que l'oeuvre de Wajda avait eu aussi une facette politique: Wajda, «un des fondateurs de la liberté polonaise, notamment à travers sa magnifique peinture de notre identité».
Résumant le sentiment général, un critique du cinéma, Tomasz Raczek, a écrit sur son compte Twitter: «le deuil dans le cinéma polonais sera long».