La passion Van Gogh a été tourné avec des acteurs jouant devant des décors évoquant les toiles du peintre ou des écrans verts. Puis des tableaux y ont été incrustés et animés en infographie.

La passion Van Gogh: destin animé ***

CRITIQUE / La passion Van Gogh (Loving Vincent) est une prouesse remarquable sur le plan visuel, mélangeant avec grâce arts visuels, animation et cinéma : le premier long métrage de peinture animée au monde. Comme le titre y fait allusion, le film s’intéresse aux circonstances troubles de la mort du légendaire peintre (1853-1890). Malheureusement, tous les efforts consentis au contenant ont fait perdre de vue un aspect important aux créateurs : le contenu…

Dorota Kobiela et Hugh Welchman avaient un matériau de base abondant pour imaginer un nouveau film sur Van Gogh : son immense correspondance avec son frère et mécène Théo. Et ses propres tableaux de personnages qui gravitaient autour de l’artiste pendant sa courte carrière.

Les réalisateurs ont imaginé une lettre posthume de Vincent à Théo, retrouvée par le facteur Joseph Roulin, qui demande à son fils d’aller la porter à son destinataire, mort entretemps. Peu enchanté par sa mission, Armand découvre néanmoins une part de mystère dans la mort du peintre postimpressionniste. Il décide de se rendre à Auvers-sur-Oise pour enquêter auprès de ceux qui ont côtoyé l’artiste néerlandais avant son décès, notamment le célèbre docteur Gachet et sa fille Marguerite…

Comme Pialat dans son très réussi Van Gogh (1991), le duo imagine que cette dernière a joué un rôle capital dans la mort brutale du Néerlandais, un suicide par arme à feu. Ce qui ne les empêche pas de faire du millage avec la thèse avancée par Steven Naifeh et Gregory White Smith en 2011 selon laquelle le créateur torturé aurait plutôt été victime d’une balle perdue tirée par deux ados.

Soit. On peut croire que cette théorie du complot se nourrit des délires embrumés d’Armand, l’enquêteur amateur porté sur la bouteille (on est presque dans le film noir). Oliver Stone aurait aimé.

En fait, La passion Van Gogh n’apporte absolument rien de neuf à ceux qui sont un peu familiers avec la démesure du peintre et ses problèmes (présumés) de santé mentale. Tous les éléments de base y sont, même l’oreille coupée. 

L’intérêt est ailleurs, soit dans la technique utilisée par Kobiela et Welchman. Ils ont d’abord tourné le film avec des acteurs, dont Saoirse Ronan (Brooklyn) dans le rôle de Marguerite Gachet, jouant devant des décors qui évoquent les toiles de Van Gogh ou des écrans verts. Dans ce dernier cas, des tableaux y ont été incrustés puis animés en infographie. En tout, chacun des quelque 65 000 plans a été peint à la main par une équipe de 125 artistes — un travail colossal!

Le résultat est absolument splendide et pertinent. La peinture de Van Gogh devient partie intégrante du récit, un personnage, même. Et le traitement s’avère très cinématographique, que ce soit l’utilisation du noir et blanc dans les retours en arrière ou l’imitation des mouvements de caméra (zooms et travellings). 

Sur le plan pictural, ce long métrage est un ravissement. Pas surprenant qu’il ait remporté le Prix du public au Festival international d’Annecy 2017 (l’équivalent du Festival de Cannes pour les films d’animation). Ce qui le distingue des nombreux films consacrés au sujet, dont La vie passionnée de Vincent Van Gogh de Minelli et Cukor (1956) et Vincent et Théo de Robert Altman (1990).  


AU GÉNÉRIQUE

  • Cote: ***
  • Titre: La passion Van Gogh
  • Genre: animation
  • Réalisateurs: Dorota Kobiela et Hugh Welchman
  • Classement: général
  • Durée: 1h35
  • On aime: l’aspect visuel, les prouesses d’animation 
  • On n’aime pas: le mince scénario