Survivant miraculeux d'un accident d'ascenseur qui a coûté la vie à son aînée, Paul Sneijder (Thierry Lhermitte) démissionne de son poste de cadre pour devenir promeneur de chiens.

La nouvelle vie de Paul Sneijder: chienne de vie!  ***1/2

CRITIQUE / Faut jamais se fier aux apparences. Prenez La nouvelle vie de Paul Sneijder. À première vue, une comédie à la française avec Thierry Lhermitte. Bof. En regardant de plus près, on se rend compte qu'il s'agit d'une adaptation d'un roman de Jean-Paul Dubois, le brillant auteur de Kennedy et moi. Puis que le film a été tourné à Montréal, en hiver, avec des acteurs québécois. Et une fois visionné, on constate qu'il s'agit d'un très beau long métrage sur un homme qui tente désespérément de se reconstruire pour mener une vie décente après une terrible tragédie.
Paul Sneijder (Lhermitte) est le survivant miraculeux d'un accident d'ascenseur qui a coûté la vie à son aînée. Sa femme Anna (Géraldine Pailhas), arriviste et dominatrice, le presse d'intenter une poursuite en dommages et intérêts pour payer l'université américaine à leurs deux fils à maman. 
Complètement démoli, Sneijder tente de recoller ses morceaux. Mais souffrant de stress post-traumatique et d'une légère claustrophobie, il est incapable de reprendre son travail de cadre à la SAQ. Il démissionne pour devenir promeneur de chiens (une forme de zoothérapie), au grand dam de sa famille, qui craint pour sa santé mentale. En parallèle, l'homme commence à se lier d'amitié avec maître Wagner-Leblond (Pierre Curzi), l'avocat... de la partie adverse!
Comme d'habitude chez Dubois, on est à la limite du réalisme plausible. Et dans une critique acérée de l'asservissement de l'homme par les obligations professionnelles et la productivité. La chute de l'ascenseur est une métaphore parfaitement claire de la dégringolade sociale de Sneijder, qui se retrouve au bas de l'échelle, ce qui lui vaut le mépris hostile de sa femme alors qu'il cherche à (re)trouver sa liberté.
Ce serait triste à pleurer s'il n'y avait cette capacité inhabituelle de Dubois, grâce à des dialogues finement ciselés, à nous faire rire de la situation, de porter un regard un peu décalé et caustique. Thomas Vincent (Je suis un assassin) l'adapte avec beaucoup de doigté.
Le réalisateur français a, de plus, magnifiquement mis en image le récit et son décor, Montréal, qu'il filme de façon totalement inédite, évitant tous les clichés habituels. On sent l'hiver...
Solide direction d'acteurs
Vincent se révèle aussi un solide directeur d'acteurs. Thierry Lhermitte incarne avec beaucoup de sensibilité cet homme blessé qui cherche dans sa reconstruction à se libérer de la prison de la pression et de la routine quotidienne. Pierre Curzi est absolument savoureux en avocat décent et humain (si, si, ça existe...).
La nouvelle vie de Paul Sneijder n'est pas parfait. Il y a des longueurs et des scènes inutiles - et je ne parle pas du délirant concours de chiens où Sneijder plane sur les médicaments. La finale est inutilement longue.
Mais, dans l'ensemble, il s'agit d'une comédie dramatique qui nous fait passer du rire (jaune) à une certaine tristesse et vice versa. C'est aussi un hymne à la dignité humaine. C'est surtout, en fait, un bon moment de cinéma.
Au générique
Cote:  *** 1/2
Titre: La nouvelle vie de Paul Sneijder
Genre: comédie dramatique
Réalisateur: Thomas Vincent
Acteurs: Thierry Lhermitte, Géraldine Pailhas et Pierre Curzi
Classement: général
Durée: 1h54
On aime: la finesse du trait de Dubois, l'adaptation réussie, le jeu des acteurs, le doigté de la réalisation
On n'aime pas: quelques longueurs, la finale étirée