Dans «La librairie de mademoiselle Green», Emily Mortimer incarne une veuve qui, en 1959, ouvre une librairie dans la vieille maison qu’elle vient d’acquérir.

«La librairie de mademoiselle Green»: manque de passion ***

CRITIQUE / La littérature fournit une matière première de choix au cinéma. Mais évoquer l’univers des livres comme tel, dans un film, est plus rare. Et plus ardu: regarder quelqu’un lire n’est pas très cinématographique. Mais «La librairie de mademoiselle Green» («The Bookshop») évoque plutôt, comme son nom l’indique, la transmission de la passion de lire. On fondait beaucoup d’espoir sur le drame d’Isabel Coixet. Avec un résultat mitigé.

Le film d’époque tourne autour de Florence Green (Emily Mortimer). La veuve décide, en 1959, d’ouvrir une librairie dans la vieille maison qu’elle vient d’acquérir dans un petit village sur la côte britannique.

Mais l’étrangère qu’elle est se heurte aux préjugés (une femme entrepreneure!) et à la bourgeoisie locale, surtout Violet Gamart (Patricia Clarkson), qui veut transformer la maison en centre d’arts. La harpie pèsera de toute sa richesse et du poids de ses relations pour acculer la naïve mais déterminée veuve à la faillite.

Florence trouvera des alliés inattendus dans la poursuite de son rêve en Edmund Brundish (Bill Nighy) et Christine (Honor Kneafsey). Le premier est un vieil homme reclus, digne et bienveillant, qui est aussi le meilleur client de la librairie. La seconde, une jeune dégourdie qui y travaille à temps partiel. Son arrivée va d’ailleurs illuminer un film tout en grisaille.

Isabel Coixet a prouvé par le passé sa sensibilité et sa touche dans des films comme Ma vie sans moi (2003) et La vie secrète des mots (2005), tous deux avec l’actrice canadienne Sarah Polley.

L’adaptation de la réalisatrice espagnole du roman du même nom de Penelope Fitzgerald (1994) est plutôt réussie, mais il lui manque l’amour des livres, mieux évoqué dans des films comme L’éducation de Rita (Lewis Gilbert, 1983), La lectrice (Michel Deville, 1988), Le liseur (Stephen Daldry, 2008), voire Le cercle des poètes disparus (Peter Weir, 1989).

C’est seulement quand on voit Florence dévorer Lolita de Nabokov que la passion surgit à l’écran. Mais il est vrai que l’époque et le contexte pèsent aussi sur le drame. Coixet recrée avec beaucoup de minutie l’esprit britannique de l’époque, jusque dans ses prises de vue de paysages bucoliques.

La librairie… est un film triste, illuminé par le courage de Florence et le charisme de Christine. Un long métrage sur un personnage féminin fort et nuancé, mais qui laisse un goût amer dans la bouche malgré sa fin lumineuse.

Il a néanmoins remporté les prix des meilleurs film, adaptation et réalisatrice aux Goya, l’équivalent des Oscars espagnols. J’aurais plutôt donné des prix d’interprétation à Emily Mortimer, Bill Nighy et Patricia Clakson (cette dernière est parfaite en vile et vaine opportuniste). Leur performance a sûrement contribué aux prix obtenus. 

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***

• Titre: La librairie de mademoiselle Green

• Genre: drame

• Réalisatrice: Isabel Coixet

• Acteurs: Emily Mortimer, Bill Nighy, Patricia Clarkson

• Classement: général

• Durée: 1h50

• On aime: la justesse des interprètes. La trame du récit

• On n’aime pas: le manque de passion. Un rythme inégal