Dans La ferme et son état, Marc Séguin donne surtout la parole à ceux qui plaident pour d'autres façons de faire en envisageant la production autrement, notamment avec les nouvelles technologies.

La ferme et son état: brasser la cage ***

CRITIQUE / Personne ne pourra reprocher à Marc Séguin de manquer de courage. Il en faut, presque jusqu'à l'inconscience, pour s'attaquer au sujet de l'agriculture québécoise. Surtout pour en faire un documentaire quand on a une expérience réduite comme réalisateur. Mais La ferme et son état a le mérite de brasser la cage en traçant un portrait sévère et saisissant de notre agriculture, mais surtout d'une nouvelle génération branchée et informée, qui veut faire les choses de façon durable.
En entrevue, le peintre renommé disait ne pas avoir voulu faire un manifeste. Et il s'est bien défendu d'être le «poster boy» de la cause. Mais il ne cache pas son parti pris. La thèse de Séguin est assez simple : s'il y avait plus d'agriculture durable, mieux encouragée par l'État, les prix seraient plus raisonnables, plus de gens achèteraient des produits locaux, ce qui permettrait à plus de jeunes fermiers de vivre de la terre.
Même si le réalisateur a multiplié les points de vue, il n'en demeure pas moins qu'il donne surtout la parole à ceux qui plaident pour d'autres façons de faire en envisageant la production autrement, notamment avec les nouvelles technologies. Dont le milliardaire André Desmarais, propriétaire d'une ferme expérimentale où on pratique la culture bio-intensive. Il est très éclairant que l'homme d'affaires s'indigne des difficultés qu'il rencontre avec la culture... bureaucratique!
À ce chapitre, toutefois, le témoignage le plus éclairant est celui du coloré Joel Salatin. L'homme a ses détracteurs, mais le fermier de Virginie démontre qu'il est possible de produire de la viande en respectant l'environnement, même si le film porte surtout sur la production maraîchère.
Comme le résume Jean Pronovost, auteur d'un rapport sur la relève agricole et qui a présidé la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois, les solutions préconisées par les jeunes bousculent les modèles traditionnels. Et l'industrie agricole québécoise, dont la moyenne d'âge est de 60 ans, est un peu conservatrice...
Plus reportage que documentaire
Ce que le cinéaste démontre de façon éloquente. Par contre, on ne s'improvise pas réalisateur. La ferme et son état manque de cinéma. La réalisation de Séguin s'apparente beaucoup plus à celle d'un reportage que d'un documentaire. Malgré le sujet passionnant, son film peine parfois à maintenir notre intérêt.
L'artiste multidisciplinaire aurait eu intérêt à méditer le proverbe «qui trop embrasse mal étreint». Il est bien de faire des liens avec l'importance de la nourriture sur la santé, mais Séguin disperse son propos au lieu de rester concentré sur sa matière première. Retrancher quelques segments n'aurait d'ailleurs pas fait de tort à un film inutilement long à près de deux heures.
N'empêche. La ferme et son état met le doigt sur un gros bobo. Ce film plein de bonne volonté propose des solutions et réussit à vulgariser un sujet complexe. Et comme le dit le réalisateur en entrevue, puisque tout le monde mange trois fois par jour, le sujet devrait intéresser tout le monde. Et ce film contribue au débat sur ces questions. C'est déjà beaucoup.
AU GÉNÉRIQUE
Cote: ***
Titre: La ferme et son état
Genre: documentaire
Réalisateur: Marc Séguin
Classement: général
Durée: 1h56
On aime: le portait complet, la vision utopiste
On n'aime pas: la réalisation bancale, de trop longues digressions